Effet de serre : un sceptique encombrant
par Nicholas Dawidoff

Effet de serre : un sceptique encombrant

Le sommet de Copenhague sur le changement climatique, en décembre, est l’occasion de revenir sur les fondamentaux du débat. Le « New York Times » y a contribué en publiant au printemps 2009 ce portrait de Freeman Dyson. Géant de la physique américaine, maître de la vulgarisation, auteur de nombreux livres sur les liens entre l’entreprise scientifique et l’aventure humaine, ce personnage hors norme est parti en campagne, à 85 ans, contre l’« idéologie » du changement climatique. Le sujet lui est familier, car il avait participé à la fin des années 1970 au lancement des premières recherches interdisciplinaires sur les effets de l’augmentation du CO2. Il est par ailleurs très au fait des recherches sur le monde vivant et s’est battu pour la défense de l’environnement et la préservation des ressources naturelles. Mais le battage fait autour de cette question de l’effet de serre lui paraît« grossièrement exagéré ».

Publié dans le magazine Books, novembre-décembre 2009. Par Nicholas Dawidoff
Pendant plus d’un demi-siècle, l’éminent physicien Freeman Dyson a vécu discrètement à Princeton, sur le terrain boisé d’une ancienne ferme occupé par son employeur, l’Institute for Advanced Study, la plus sélecte des communautés de chercheurs aux États-Unis. Mais sa tranquillité s’est évanouie depuis que la question du réchauffement climatique l’a fait « sortir de son trou », comme il dit. Sites Web, courriers aux journaux et sa propre boîte électronique, engorgée, charrient un flot brûlant d’invectives. Dyson s’est découvert « crétin prétentieux », « enflé », « fosse septique de désinformation », « vieille pie sur le retour » et, inévitablement, « savant fou ». Il avait avancé que les accès de fièvre du climat n’étaient peut-être pas si néfastes, puisque le dioxyde de carbone favorise la croissance des plantes de toute sorte. Plus tard, il avait ajouté que si le niveau de CO2 montait trop haut, il serait toujours possible de le réduire en cultivant massivement des arbres mangeurs de carbone spécialement conçus à cet effet  [1]. Sur quoi Eric Posner, professeur de droit à l’université de Chicago, parcourut du regard l’épais maquis de doctorats honoris causa reçus par Dyson – vingt et un en tout – et suggéra qu’on pouvait « peut-être aussi concevoir des arbres capables d’indiquer le chemin à un randonneur égaré ». Selon le fils de Dyson, George, historien des techniques, les idées de son père ont refroidi des amitiés. Et d’aucuns jugent que le passage des ans lui a coûté autre chose. On soupçonne qu’à 85 ans ce grand savant du XXe siècle est non seulement hors jeu, mais hors de lui-même – son superbe esprit l’aurait quitté [2]. Mais selon le neurologue Oliver Sacks, au jugement respecté, c’est loin d’être le cas. Pour cet ami de longue date, lui aussi un expatrié d’Angleterre, « son esprit reste éminemment ouvert et souple ». Cela rend Dyson autrement plus redoutable que la cohorte de réactionnaires grincheux niant le changement climatique. Son intelligence exceptionnelle est révérée par maints scientifiques. William Press, ancien responsable du laboratoire militaire de Los Alamos, aujourd’hui professeur de science informatique à l’université du Texas, le juge « infiniment intelligent ». Mathématicien prodige venu aux États-Unis à 23 ans, Dyson a presque aussitôt apporté une contribution fondamentale à la physique en unifiant les théories quantique et électrodynamique [3]. Non content de réaliser cette percée, il a participé au développement de la physique moderne, échangeant avec certains des plus grands esprits de son temps, y compris Einstein, Richard Feynman, Niels Bohr, Enrico Fermi, Hans Bethe, Edward Teller, J. Robert Oppenheimer et Edward Witten, le « grand prêtre de la théorie des cordes », qui a son bureau juste en face du sien. Cependant, au lieu de rester accroché à ce champ fondamental, il s’est engagé dans des investigations débordant le territoire habituel de la plupart des physiciens – et a vécu une vie plus originale. Dyson a un don pour la clarté de l’interprétation et une capacité impressionnante à pénétrer la méthode et la signification du travail de scientifiques de diverses disciplines. Ses réflexions sur la science qui se fait sont parues dans une série de livres lucides et élégants destinés aux non-spécialistes, qui ont fait de lui un arbitre reconnu des débats scientifiques, bien au-delà du champ de la physique. Il a écrit plus d’une dizaine d’ouvrages. Dans Origins of Life (« Les origines de la vie », 1999), il explique les découvertes des biologistes et des géologues sur ce sujet controversé. Dans Disturbing the Universe (Les Dérangeurs de l’Univers, 1979) il tente de réconcilier la science et les humanités. Weapons and Hope (« Les armes et l’espoir », 1984) est une méditation sur la signification et le danger des armes nucléaires qui lui valut un prix littéraire prestigieux [4].   L’âge des biotechnologies Les livres de Dyson témoignent d’une telle maîtrise des sujets complexes qu’ils font naître des vocations scientifiques chez les jeunes et donnent aux moins jeunes le sentiment d’être intelligents. Mais, tout en passant ce qu’il voit au crible de son analyse, son esprit vagabonde toujours vers l’ailleurs. Enfant, il dessinait des plans de vaisseaux spatiaux anglais capables d’explorer les étoiles et, plus tard, il participa à un projet de vaisseau spatial secret américain propulsé par des bombes atomiques connu sous le nom de Projet Orion 5. Dyson reste un astronaute en chambre, qui se plaît à imaginer l’ère du voyage spatial bon marché, quand des familles pourront laisser derrière elles une Terre surpeuplée et voguer à bord de vaisseaux solaires pour s’installer sur un astéroïde ou une comète. Il est persuadé que l’actuelle « ère de l’informatique » laissera bientôt la place à l’« âge des biotechnologies maîtrisées ». Dans son livre Infinite in All Directions (« L’infini dans toutes les directions », 1988), il écrit : « La biotechnologie nous donne une chance d’imiter la rapidité et la flexibilité de la nature. » Il y imagine des meubles et des œuvres d’art que les gens feront « pousser » à côté de minidinosaures domestiques pour leurs enfants et toute une panoplie de cousins des arbres mangeurs de carbone, obtenus eux aussi par génie génétique : des termites mangeurs d’épaves de voitures, une pomme de terre à même de prospérer sur le sol sec et rouge de Mars, une voiture capable d’éviter les collisions. Ces idées attirent la dérision, comme ses essais sur le changement climatique, mais l’octogénaire reste un futuriste déterminé. « Je ne me considère pas à même de prévoir, dit-il. J’exprime des possibilités, des choses qui pourraient se produire. Dans une large mesure, la probabilité de leur réalisation dépend de l’intensité du désir des gens. L’intérêt d’imaginer l’avenir n’est pas de le prévoir, mais de susciter des espoirs. » Formé dans la tradition hérétique et libérale des intellectuels britanniques, Dyson laissa derrière lui une Angleterre déprimée, encore sous le choc de deux guerres mondiales sanglantes, pour devenir un immigrant américain animé d’une foi inébranlable dans le pouvoir de l’imagination, capable d’inventer des techniques pour surmonter n’importe quel obstacle. Selon le physicien Marvin Goldberger, ancien président de Caltech (California Institute of Technology), il est la vivante incarnation de cette forme d’ingéniosité. « Vous présentez un problème à Freeman et il le résout, dit Goldberger. Il est extraordinairement puissant. » Dyson semble considérer le monde comme un ensemble de problèmes interdisciplinaires qui sont là pour être appréhendés par lui. Le réchauffement climatique étant la grande question scientifique de notre époque, il trouve le sujet irrésistible. Mais à ses yeux, ce n’est qu’un gros casse-tête de plus à attirer son intérêt, comme l’ont fait les armes nucléaires ou la pauvreté rurale. Autrement dit, ce grand démêleur de problèmes n’est pas persuadé que le changement climatique soit un problème majeur. Il est bien conscient que la plupart des gens pensent qu’il se trompe à propos du réchauffement climatique. Le fait que les Américains instruits tendent à approuver la conclusion récente de la Conférence scientifique internationale de Copenhague en mars 2009, selon laquelle « l’inaction serait un crime », ne fait que renforcer sa résistance. Il a beau être un homme de gauche, aimant Obama et détestant Bush, s’être toute sa vie opposé aux guerres américaines et investi dans la protection des ressources naturelles, il ne supporte aucune idéologie et éprouve une aversion ravageuse pour le consensus scientifique. Le prix Nobel de physique Steven Weinberg admire Dyson le physicien – il pense que le comité Nobel l’a spolié en ne récompensant pas ses travaux sur l’électrodynamique quantique –, mais se sent à des années-lumière de sa sensibilité : « J’ai le sentiment que lorsqu’un consensus se forme comme la glace sur un lac, il va faire de son mieux pour le briser. »   Religion séculière Dyson espère qu’on ne se souviendra pas seulement de lui pour ses positions sur le changement climatique, mais si elles retiennent l’attention, c’est bien en raison de sa stature et de sa foi dans l’intégrité de la science. Pour lui, dit-il, les vérités de la science sont si profondément dissimulées que la seule chose dont nous soyons absolument sûrs est qu’une bonne partie de ce à quoi nous nous attendons ne se produira pas. Dans Infinite in All Directions, il écrit que les lois de la nature « rendent l’univers aussi intéressant que possible ». C’est aussi une bonne description de son propre rapport à la science. Selon Avishai Margalit, philosophe de son Institut, « il est toujours là pour rappeler qu’il existe une autre possibilité ». Quand il se joint au débat sur le changement climatique en faisant valoir « les énormes brèches dans notre savoir, le caractère épars de nos observations et la superficialité de nos théories », il parle d’expérience. Quel qu’il soit par ailleurs, Dyson est le bon scientifique par excellence. Il pose les questions qui dérangent. Il se pourrait aussi qu’il soit un prophète solitaire. Ou qu’il se trompe lourdement, comme il le reconnaît. Voilà quatre ans qu’il a commencé à exprimer ses doutes sur le changement climatique. Dans une conférence à l’université de Boston, il déclarait alors que « tout ce battage autour du réchauffement climatique est grossièrement exagéré ». Depuis, il a poussé les feux, déclarant au site Salon.com en 2007 : « Le fait que le climat se réchauffe ne m’effraie nullement. » Dans un article de la New York Review of Books, la revue de gauche américaine qui est à l’esprit de sérieux ce que le Beagle était à Darwin, il écrivit que le changement climatique était devenu une « obsession », le premier article de foi d’une « religion séculière mondiale », l’écologisme 6. Parmi ceux qu’il considère comme de vrais croyants, Dyson dédaigne particulièrement Al Gore, « le propagandiste en chef », et James Hansen, le patron du Goddard Institute for Space Studies, de la Nasa, qui fut le conseiller de Gore pour son film Une vérité qui dérange. Il les accuse de se fier exagérément à des simulations sur ordinateur qui prévoient le scénario grand-guignolesque d’un cataclysme mondial imminent, à mesure que les calottes glaciaires fondent, que la mer monte, tandis que des ouragans et des épidémies ravagent la Terre. La « science défectueuse » des deux hommes « détourne l’attention de l’opinion » des « dangers plus sérieux et plus pressants qui menacent la planète ». Parmi les personnes les plus perturbées par ce discours, il y a Imme, l’épouse de Dyson. Après avoir vu le film avec son mari à sa sortie en 2006 dans un cinéma local, avec encore dans les yeux des images d’ours polaires en train de se noyer, elle se tourna vers lui et s’écria : « Tout ce que tu m’as dit est faux ! – Les ours polaires se porteront très bien », lui assura-t-il. J’ai rencontré Dyson dans son bureau, une pièce si bien rangée qu’elle rappelle à son ami l’écrivain John McPhee un intérieur japonais. Sur les étagères, des livres sur l’évolution stellaire, les virus, la thermodynamique et le terrorisme. « Les climatologues qui travaillent à partir de modèles ont toujours tendance à les surestimer, dit-il. Ils en viennent à penser que les modèles sont réels et oublient que ce ne sont que des modèles. » Dyson parle d’une voix claire et posée, dans laquelle on perçoit son enfance en Angleterre, son installation aux États-Unis après ses études à Cambridge et plus de cinquante ans de mariage avec Imme, d’origine allemande. Mais il peut vite devenir tranchant, en particulier si l’on en vient à parler du changement climatique. Dyson s’accorde avec le point de vue dominant selon lequel le niveau de CO2 dans l’atmosphère augmente rapidement en raison des activités humaines. Mais, selon lui, cette augmentation pourrait n’être qu’un épouvantail, un événement frappant mais finalement bénin survenant au sein d’une « période relativement fraîche de l’histoire de la planète ». Le changement climatique, dit-il, n’est pas global mais local, « réchauffant des régions froides, mais ne rendant guère plus chaudes les régions tropicales ». Loin de penser que la hausse des températures aura des conséquences catastrophiques, il dit que le carbone pourrait être bénéfique, un signe que « le climat s’améliore plutôt qu’il ne se dégrade », car c’est un excellent fertilisant, qui favorise la croissance des forêts et des récoltes. « L’essentiel de l’évolution de la vie s’est déroulé sur une Terre nettement plus chaude et plus riche en CO2 qu’aujourd’hui », soutient-il. L’acidification des océans, dont nombre de scientifiques disent qu’elle détruit la chaîne alimentaire marine, est à ses yeux un problème réel mais probablement exagéré. Le niveau des océans monte de façon constante, mais les dangers qui pourraient en résulter « ne peuvent être prédits tant que nous n’en saurons pas beaucoup plus sur les causes du phénomène ». Pour le climatologue James Hansen, le diable à l’œuvre dans l’apocalypse qui se prépare est le CO2 contenu dans la fumée du charbon. « Le charbon, a-t-il écrit, est la grande menace pour la civilisation et toute forme de vie sur notre planète. » Hansen a qualifié de « trains de la mort » les convois ferroviaires transportant du charbon. Dyson rétorque que « la croisade de Jim Hansen contre le charbon surestime les dégâts à attendre du CO2 ». Dyson se souvient du brouillard noir mortifère créé à Londres par le charbon : après une journée passée dans la ville, il retournait chez ses parents à Winchester avec le col blanc de sa chemise entièrement noirci. Le charbon contient de « réels polluants », dit-il – suie, soufre et oxydes d’azote. « De vraies saletés qui rendent les gens malades et les enlaidissent », explique Dyson. Ces produits sont « considérés à juste titre comme un fléau moral », mais « ils peuvent être ramenés à un faible niveau pour une somme modique grâce aux épurateurs ». Selon lui, Hansen « exploite » les éléments toxiques issus de la combustion du charbon pour condamner les rejets de CO2, « lequel ne peut être réduit pour un coût abordable mais ne fait aucun mal réel ». La science n’est pas affaire d’opinion, mais de faits. Sur le changement climatique, Dyson réclame davantage de données ; des ténors de la climatologie lui répondent que si l’on attend d’avoir réuni assez d’éléments pour le convaincre, il sera peut-être trop tard. C’est l’opinion d’un expert modéré, William Chameides, de l’université Duke. « Je pense que le temps n’est pas venu de paniquer », dit-il, mais le réchauffement climatique rend « inévitable la montée des océans, qui entraînera le déplacement de millions de gens. La fonte des glaciers d’altitude va menacer l’accès à la nourriture d’un milliard de personnes peut-être, ou davantage, et l’acidification des océans pourrait créer la même menace pour un autre milliard ». Dyson conteste fortement chacun de ces points, si bien que, d’une position à l’autre, d’argument en contre-argument, on voit se constituer peu à peu un épais maquis d’indicateurs scientifiques qui ont tous l’accent de la vérité ou paraissent du moins plausibles.   Désaccord sur les valeurs L’une des hypothèses les plus significatives avancées par Dyson est que le réchauffement du climat pourrait retarder l’arrivée d’un nouvel âge glaciaire. A-t-il tort ? Personne ne peut le dire à coup sûr. Au-delà des sujets de désaccord factuels, Dyson dit qu’en fin de compte la question se résume à « un désaccord plus profond sur les valeurs » entre ceux qui pensent que « la nature a toujours raison » et que « toute perturbation humaine majeure de l’environnement naturel est un crime », et les « humanistes », comme lui, pour qui la protection de la biosphère a moins d’importance que la lutte contre des maux plus répugnants comme la guerre, la pauvreté et le chômage. La virulence des prises de position de Dyson dans le débat public trahit un mélange de militantisme social et de malaise de classe qui remonte à son enfance à Winchester, dans les années 1920 et 1930. Son père, George, fils d’un forgeron du Yorkshire, était compositeur et professeur de musique au Winchester College, un vieux et prestigieux lycée. Sa mère, Mildred Atkey, était issue d’une famille plus aisée de Wimbledon, qui possédait son propre court de tennis. Tous deux élevèrent Freeman et sa sœur Alice dans ce qu’il décrit comme un « anglicanisme soft », la religion étant plutôt un guide pour s’orienter dans la vie qu’un système de croyance. Ses idéaux de tolérance, de charité, son sens de la communauté – et le temps libre que permettait le luxe d’avoir quatre serviteurs – amenèrent Mildred à organiser un club pour adolescentes et une clinique de contrôle des naissances. Ces institutions ne cadraient pas forcément avec sa sensibilité patricienne et victorienne. Elle ne considérait pas les filles dont elle s’occupait comme ses égales, se rappelle Dyson. Mildred lui rapporta en riant l’histoire d’une jeune mère qui s’était présentée au centre portant un nouveau-né roux. « Quel beau bébé, lui avait dit Mildred. Il tient ces cheveux de son père ? – Oh ! je ne saurais pas vous dire, il avait gardé son chapeau », fut la réponse. Ce que Dyson a le plus aimé de son enfance en Angleterre, c’est le paysage. La transformation réussie de la nature sauvage et des marécages avait créé une écologie verte entièrement nouvelle, permettant aux plantes, aux animaux et aux hommes de prospérer en « une communauté d’espèces ». Il s’est fermement opposé à l’idée que puisse exister un écosystème optimal – « la vie change sans cesse ». Il déteste l’idée que les êtres humains ne feraient pas partie de la nature et que nous devrions « nous excuser d’être humains ». Nous avons le devoir, dit-il, de restructurer la nature pour survivre. Cela explique peut-être pourquoi le même homme a pu écrire : « Nous vivons sur une planète vulnérable que notre manque de prévoyance est en train de transformer en bidonville », et se moquer de ces Américains qui manifestent contre le charbon à Washington. Dyson tient le charbon en grande affection, pour une raison essentielle : il est si bon marché que presque tout le monde peut y accéder. « Il y a beaucoup de vrai dans l’assertion que les écologistes sont des gens qui n’ont jamais eu à s’inquiéter pour leurs fins de mois », dit-il. « Beaucoup d’entre eux sont mes amis », ajoute-t-il aussitôt. Pour lui, « le passage des populations chinoises et indiennes de la pauvreté à la prospérité de la classe moyenne serait la plus grande victoire de ce siècle. Sans le charbon ce ne sera pas possible ». Cela dit, Dyson voit le charbon comme un agent provisoire du progrès. « Dans une cinquantaine d’années », l’énergie solaire sera abondante et bon marché, et « il y a beaucoup de bonnes raisons de la préférer au charbon ». Les mots qui reviennent le plus souvent dans la bouche des collègues de Dyson pour le décrire sont « sans prétention » et « modeste ». Il semble être l’incarnation du point de vue de Newton pour qui, dans la vie, un homme doit viser la simplicité et éviter la confusion. Il a son bureau à l’Institut depuis 1953. À l’époque, Ein-stein avait comme lui l’habitude de s’y rendre à pied. Ce que Dyson fait encore tous les jours de la semaine, pour travailler à son ordinateur et résoudre avec un crayon et du papier les problèmes qui atterrissent sur sa table. La légende veut qu’à sa grande époque il n’utilisait jamais de gomme. Imme et lui ont passé cinquante et une heureuses années dans la même maison aux murs de bardeaux blancs, juste en face de la bâtisse flanquée de stuc où habitèrent un temps les Oppenheimer. Certains dimanches, les Dyson grimpent dans leur voiture qui arbore encore un autocollant Obama pour se rendre à une compétition de course à pied, où l’on peut retrouver Freeman devant la ligne d’arrivée applaudissant bruyamment Imme, 72 ans, ancienne championne de marathon. Les autres week-ends, ils rendent visite à quelques-uns de leurs seize…
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