Les archives déchirées de Bacon
par Richard Cork
Art

Les archives déchirées de Bacon

Francis Bacon avait accumulé dans son atelier londonien une incroyable quantité d’illustrations, qui gisaient éparpillées à même le sol. Trouvées dans des livres d’art, des encyclopédies médicales, des magazines de photojournalisme, des quotidiens ou des revues homosexuelles, elles étaient une source d’inspiration essentielle pour le peintre. Martin Harrison et Rebecca Daniels ont entrepris de cataloguer dans le moindre détail ces archives d’une richesse inouïe. Ils nous font découvrir combien l’artiste s’appropriait les images les plus diverses, des plus atroces aux plus futiles, les triturant pour réaliser ses toiles. Ces documents reflètent les innombrables contradictions de Bacon et éclairent sous un jour nouveau l’un des processus créatifs les plus mystérieux du XXe siècle.

Publié dans le magazine Books, novembre-décembre 2009. Par Richard Cork
Je me rappelle ma surprise, en 1991, lorsque Francis Bacon m’invita à pénétrer dans son atelier. C’était un lieu profondément privé, et cet homme secret préférait y travailler sans être dérangé. Martin Harrison, quia inventorié d’un œil acéré le contenu de ce repaire pour son saisissant Francis Bacon. Incunabula, déclare d’ailleurs que « seuls les plus proches amis de Bacon étaient autorisés à entrer dans l’atelier de Reece Mews ». J’étais tout au plus une connaissance, après l’avoir interviewé à deux reprises. Je n’avais donc jamais espéré qu’il m’emmène là et m’autorise à contempler l’extraordinaire collection d’images qui tapissaient toutes les surfaces disponibles. Au fond de la pièce froide, on distinguait des traces des œuvres en cours, dont une toile inachevée qui faisait partie d’une série de« tableaux de lieux où un meurtre a été commis », comme il me l’expliqua ;mais la plupart étaient difficiles à voir, et certaines peintures étaient retournées contre le mur. Je me suis demandé comment Bacon pouvait travailler à ses immenses et imposants triptyques dans un espace aussi exigu. Mais il préférait manifestement cela à un gigantesque atelier, potentiellement intimidant. Ce cadre modeste lui permettait de fixer son regard. Je m’étonnais pourtant de sa capacité à rester concentré au milieu de tant d’images propres à le distraire, éparpillées pêle-mêle sur le sol. Je les observais, frustré par mon incapacité à voir précisément ce qu’il avait laissé là.   Cadavres exquis Les images – arrachées à des catalogues, des journaux,des revues médicales, des magazines sur papier glacé, des articles de zoologie,des…

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