Éloge de la frugalité
par Pauline Toulet

Éloge de la frugalité

Écrit par Pauline Toulet publié le 14 avril 2019

Santiago Lorenzo s’est d’abord fait connaître en tant que réalisateur, notamment grâce à Mamá es boba (« Maman est bête », 1999), devenu un film culte en Espagne. Puis il s’est tourné vers l’écriture avec un certain bonheur, puisque ses trois premiers romans comiques ont séduit un lectorat chaque fois plus nombreux. L’engouement suscité par son dernier livre, Los asquerosos, achève de le consacrer en tant qu’écrivain.

Anti-modernité joyeuse

Vu la trame assez minimaliste du récit, ce succès peut surprendre. Manuel, le protagoniste du roman, vit à Madrid où, comme beaucoup de jeunes de sa génération, il peine à trouver du travail. Un jour il blesse avec un tournevis un CRS qui l’avait molesté. Épouvanté à l’idée de l’avoir peut-être tué, Manuel décide de fuir la capitale. Il s’installe dans un petit village au milieu du désert castillan, où il apprend à vivre dans la solitude et l’ascétisme. Il retape une vieille maison, cultive son jardin et découvre que ses besoins sont modestes. Ni la technologie, ni la consommation, ni l’effervescence citadine ne lui manquent. Lorenzo tisse le récit d’une anti-modernité joyeuse qui se transforme progressivement en une interrogation sur nos modes de vie contemporains.

 

Si Los asquerosos a tant séduit les lecteurs espagnols, c’est que le roman ne se présente « pas seulement comme un plaidoyer humoristique en faveur de la solitude, mais comme une critique féroce du mercantilisme, de l’enfumage politique et social, du déferlement de l’idiotie […] et de l’intolérance à l’égard de tout ce qui est différent », relève le romancier Carlos Zanón dans Babelia, le supplément culturel du quotidien El País.

Frugalité choisie

Mais Manuel ne va pas pouvoir vivre longtemps dans une tranquille béatitude. Sa solitude est troublée par ceux qu’ils appellent les « campagnards du dimanche », ces familles bruyantes et vulgaires qui viennent se mettre au vert le temps du week-end. Avec un humour corrosif, Lorenzo dépeint l’engouement imbécile de ces citadins qui espèrent trouver dans la nature un remède à leur vie professionnelle stressante. À quoi les repère-t-on ? Ils mettent « des moustiquaires aux fenêtres pour que la campagne ne pénètre pas dans la maison de campagne », ironise le narrateur. Une observation de première main, puisque le romancier vit lui-même en autarcie dans un hameau de seize habitants, à une centaine de kilomètres de Madrid. « Je parle de l’austérité choisie, pas de celle qu’on nous a imposée pour sauver les banques. Cette austérité-là me donne des boutons. Mais l’austérité volontaire, c’est un loisir que je pratique beaucoup », confie Lorenzo au quotidien El Mundo.

 

À lire aussi dans Books : Dans le désert, novembre-décembre 2017

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