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J’ai épousé un espion

Portrait d’Ulysse en agent des services secrets britanniques.

Un homme est contraint d’abandonner femme et enfants pour prendre part à une guerre lointaine. Sur le chemin du retour, il doit surmonter quantité d’obstacles avant de pouvoir regagner sa terre natale, bien des années plus tard. Cette trame est celle de L’Odyssée d’Homère, mais pas seulement : dans son dernier roman, Javier Marías raconte, en substance, la même histoire transposée au XXe siècle.

Le romancier espagnol poursuit avec Berta Isla son « cycle d’Oxford » (Le Roman d’Oxford, Dans le dos noir du temps et la trilogie Ton visage demain), entamé il y a une trentaine d’années. Le personnage principal de ce nouveau roman, c’est Berta Isla, une Madrilène dont le mari, Tomás Nevinson, travaille pour les services secrets britanniques. Berta s’est habituée à ignorer un pan complet de la vie de son époux, à rester sans nouvelles de lui lorsqu’il part en mission et à ne pas lui poser de questions à son retour.

Mais, un jour d’avril 1982, Tomás part pour la guerre des Malouines. Les mois, les années passent, et il ne revient pas. Javier Marías fait le récit de cette odyssée contemporaine en alternant les points de vue : celui de Berta, qui décrit l’ambiguïté de sa situation de «femme à la fois célibataire, veuve et mariée », et celui de Tomás, contraint de vivre une vie fictive, celle d’un « fantôme ni vivant ni mort ». « Personne, à ma connaissance, n’avait utilisé la figure de l’espion de cette manière : en dévoilant sa vie privée. De George Smiley, le héros de John le Carré, nous ne savons pas grand-chose, sans même parler de James Bond. De Tomás Nevinson, en revanche, nous saurons presque tout », pointe le professeur de littérature José María Pozuelo Yvancos dans le quotidien ABC. Javier Marías semble en effet avoir écrit l’inverse d’un roman d’espionnage.

Dans Berta Isla, ni péripéties héroïques, ni scènes d’action trépidantes, mais plutôt le récit contemplatif de la mélancolie d’une Pénélope madrilène. « Javier Marías parvient à mettre au point un impeccable mécanisme narratif autour des notions d’altérité amoureuse et d’identité individuelle. Les questions que soulève le livre pourraient faire l’objet d’un épais roman philosophique », estime le critique Domingo Ródenas de Moya dans le quotidien El Periódico. Et son confrère José-Carlos Mainer de renchérir, dans le quotidien El País : « Berta Isla est l’un des romans les plus complexes et les plus ambitieux de Javier Marías, et sans doute aussi le plus désespéré. »

Ulysse met dix ans à retourner à Ithaque, son île natale. Il en faudra deux de plus à Tomás Nevinson pour retrouver Berta Isla – isla, n’est-ce pas «île» en espagnol ? –, et certainement bien davantage pour que disparaissent les fantômes qui hantent la vie du couple.

LE LIVRE
LE LIVRE

Berta Isla de Javier Marías, traduit de l’espagnol par Marie-Odile Fortier- Masek, Gallimard

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