Aux États-Unis, l’ascenseur social patine
par James Surowiecki

Aux États-Unis, l’ascenseur social patine

L’ascenseur social est en panne, affirmait Barack Obama. C’est faux, constatent les économistes. Reste qu’aux États-Unis la mobilité sociale est moindre aujourd’hui qu’il y a encore trente ou quarante ans. Sans parler du XIXe siècle.

James Surowiecki Publié dans le magazine Books, avril 2019. Par James Surowiecki

© Gabriella Demczuk/The New York Times / Rea

En 2016, Donald Trump a remporté les comtés où le niveau d’éducation était le plus faible. Ici, à un meeting du président américain en 2018.

Depuis au moins l’époque d’Horatio Alger, romancier du self-made-man1, l’espoir de mobilité sociale est l’un des piliers de la pensée américaine. Comme Lawrence Samuel l’écrit dans son histoire du rêve américain, chacun peut, « par sa détermination et la conviction que c’est possible, gravir l’échelle du succès ». Ces dernières ­années, toutefois, bon nombre d’Américains en sont arrivés à la conclusion que « l’ascenseur social est en panne », comme l’a dit Barack Obama dans son discours sur l’état de l’Union en 2013. Or, quelques mois plus tard, une équipe d’économistes de Harvard et de Berkeley publiait une vaste étude montrant que la mobilité sociale n’avait pas du tout baissé aux États-Unis au cours des vingt dernières années. « Comme beaucoup de gens, nous pensions que la mobilité avait reculé, me dit Raj Chetty, un des auteurs de l’étude. Or nous avons découvert que les enfants nés au début des années 1990 avaient les mêmes chances de gravir l’échelle des revenus que ceux qui sont nés dans les années 1970. » Plus frappant encore, quand les chercheurs ont analysé les études retraçant la mobilité de revenu jusque dans les années 1950, ils en ont conclu qu’elle est restée relativement stable pendant toute la seconde moitié du XXe siècle.   La mobilité américaine au ralenti Bonne nouvelle, me direz-vous. Sauf qu’en fait il n’y a jamais eu tant de mobilité que cela. Selon Chetty, « la mobilité sociale est limitée et c’est le cas depuis au moins trente ou quarante ans ». C’est particulièrement évident quand on considère les perspectives des Américains pauvres : 70 % des personnes nées dans un ­ménage appar­tenant au quintile le plus bas de la distribution des revenus ne parviennent pas à se hisser dans la classe moyenne et moins de 10 % ­atteignent le quintile le plus élevé. Ce que le poli­tologue ­Michael Harrington écrivait en 1962 reste vrai : la plupart des personnes pauvres le sont « parce qu’elles ont commis l’erreur d’avoir été conçues par les mauvais parents ». La classe moyenne n’est pas si mobile que cela non plus : 20 % seulement des personnes nées dans un foyer appartenant au quintile du milieu accèdent au quintile le plus élevé. On a beau considérer les États-Unis comme l’archétype de la société mobile, la mobilité y est inférieure à celle de la plupart des pays européens.     Il n’en a pas toujours été ainsi. Au XIXe siècle, comme l’a montré l’économiste ­Joseph Ferrie, la société américaine était bien plus mobile que la britannique. Aux États-Unis, un ­enfant avait beaucoup…
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