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Étranges Occidentaux

Avec son nouveau livre The Weirdest People in the World, Joseph Henrich, professeur de biologie évolutive humaine à Harvard, entend « justifier la spécificité de l’Occident tout en amoindrissant son arrogance », écrit Judith Shulevitz dans le magazine américain The Atlantic. Une ambition « délicate » qui découle d’un constat : les expériences de sciences sociales prétendant éclairer une nature humaine universelle ne décrivent au mieux que les modes de fonctionnement d’une part minime de la population mondiale, ceux que Henrich et ses collègues psychologues Steven Heine et Ara Norenzayan appellent les « WEIRD ».

Dans une étude publiée il y a une dizaine d’années, ils définissaient cette population « bizarre », weird en anglais : « Western, Educated, Industrialized, Rich, et Democratic » soit occidentale, instruite, industrialisée, riche et démocratique.

La psychologie particulière des Occidentaux

Quand des expériences de sociologie ou de psychologie sont reproduites avec des populations non WEIRD, que ce soit avec des peuples de chasseurs-cueilleurs ou des cadres supérieurs asiatiques, les résultats sont différents. WEIRD et non-WEIRD ont des styles cognitifs opposés. C’est là « l’affirmation la plus importante et étonnante » de Henrich, note Shulevitz. Là où les WEIRD tendent à réfléchir de manière analytique, à être individualistes, autocentrés avec un penchant pour la culpabilité, beaucoup de non-WEIRD, qu’ils vivent en Chine ou dans le désert du Kalahari, appréhendent le monde de manière holistique, font passer le groupe avant l’individu et l’universel, ressentent de la honte.

La clé de leurs différences se situe dans leur rapport au groupe, assure Henrich dans The Weirdest People in the World. Les WEIRD se définissent par ce qu’ils font (leur travail, leur passion…) et non par leur place dans une structure familiale ( frère de, cousine de…), ce qui est pourtant la pratique « normale » depuis le début de l’histoire de l’humanité. 

L’influence de l’Église catholique

« Henrich estime que les Occidentaux ont développé cette psychologie particulière en raison des coutumes de mariage de l’Église catholique, qui ont entraîné la disparition de nos peuples autochtones et l’essor de la famille nucléaire, de l’individualisme, du protestantisme et l’État de droit. Et tout ceci, à son tour, a ouvert la voie à la révolution industrielle, et à la trajectoire singulière qu’a prise l’Europe occidentale à l’époque contemporaine », résume Matthew Syed dans The Sunday Times. Une théorie que les critiques invitent à ranger au rayon « grande thèse sur l’humanité » au côté des best-sellers de Jared Diamond, Steven Pinker ou Yuval Noah Harari.

À lire aussi dans Books : « C’est la culture qui nous rend intelligents », juin 2020.

LE LIVRE
LE LIVRE

The WEIRDest People in the World: How the West Became Psychologically Peculiar and Particularly Prosperous de Joseph Henrich, Farrar, Straus and Giroux, 2020

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