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Extinction Rebellion

Le mouvement voit dans la crise sanitaire une « immense chance à saisir » pour éviter « le retour à l’ancien monde ».

« Après ce choc, certain·e·s voudraient un retour à l’ancien monde, celui d’avant la crise sanitaire. Cet ancien monde fondé sur l’enrichissement de quelques un·e·s au détriment de tous les autres, c’est celui qui a engendré la pandémie, qui est responsable de l’anéantissement du monde vivant, de notre incapacité à préserver les vies et les libertés. Nous n’en voulons pas. »

Intitulé « Pas de retour à l’anormal », ce texte a été publié à l’occasion de la fin du confinement sur le site français d’Extinction Rebellion, « mouvement international de désobéissance civile en lutte contre l’effondrement écologique et le réchauffement climatique ». Né au Royaume- Uni, « XR » s’est étendu sur toute la planète. En France, il a revendiqué à l’automne dernier le blocage à Paris de la place du Châtelet et du pont au Change. Le journaliste et essayiste britannique Jeremy Harding, qui vit en France, a publié une longue enquête sur ce mouvement dans la London Review of Books. Il l’a intitulée « The Arrestables » , parce que les militants les plus aguerris, tout en prônant la non-violence, cherchent à se faire arrêter pour faire parler d’eux. Comme Nuit debout ou les Gilets jaunes, XR se veut un mouvement non hiérarchisé. Mais, au Royaume-Uni, ses hérauts Roger Hallam et Gail Bradbrook sont des vedettes, et XR y a un porte-parole officiel, Rupert Read, professeur de philosophie à l’université d’East Anglia, laquelle abrite d’ailleurs le noyau dur des climatologues britanniques. Le mouvement est conseillé par un cercle de scientifiques militants.

XR a annoncé son existence en octobre 2018 alors que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) venait de tirer la sonnette d’alarme, estimant qu’il ne restait plus que douze ans pour prendre des mesures afin d’éviter la catastrophe climatique. Il recrute auprès de publics très divers, mais essentiellement dans les classes moyennes : on trouve dans ses rangs des enseignants, des musulmans, des quakers, des bouddhistes, des juifs, des animistes, d’anciens étudiants d’universités prestigieuses, beaucoup de chercheurs, des jeunes et des vieux. Les militants interpellés rencontrent souvent la sympathie des juges.

Ses fondateurs professent une « théorie du changement ». Ils parlent de spiritualité, du caractère sacré de la vie, se réfèrent à Gandhi, à Thoreau, à Tolstoï, à Martin Luther King ainsi qu’à des penseurs engagés comme Raoul Vaneigem, Saul Alinsky, Mark et Paul Engler, Srdja Popovic ou Gene Sharp. Ils pensent qu’un petit nombre de militants déterminés peut suffire à exercer un effet majeur sur la prise de décision politique. Mais, comme le dit très bien Harding, c’est un mélange d’« optimisme de la volonté et de pessimisme de l’intellect ». Car beaucoup rejoignent aussi le courant des « collapsologues », tels Pablo Servigne en France, coauteur de Comment tout peut s’effondrer (2015). Dans son livre Common Sense for the 21st Century, Roger Hallam écrit : « Soyons clairs […] Nous allons assister à la mort lente et dans d’atroces souffrances de milliards de personnes.» Le temps préféré de Hallam est le « futur apocalyptique », souligne Harding. Rupert Read, lui, a écrit un texte censé rester confidentiel dans lequel il explique que la pandémie représente une « immense chance à saisir » pour XR. « Le coronavirus pourrait provoquer indirectement des effondrements complets ou partiels, surtout dans les pays les plus vulnérables.»

Le texte a fuité dans The Spectator, qui s’est procuré aussi le compte rendu d’une réunion du comité stratégique de XR. Parmi les idées évoquées, il y a celle d’« effrayer » les gens en mettant en avant « la peur de la mort, de la famine […] de l’enfer sur terre, des incendies et des inondations », avec « les enfants et les personnes vulnérables en première ligne ». Y est aussi envisagé le « sacrifice suprême », y compris la mort par grève de la faim ou immolation dans un lieu public.

LE LIVRE
LE LIVRE

Common Sense for the 21st Century: Only Nonviolent Rebellion Can Now Stop Climate Breakdown and Social Collapse (« Du bon sens pour le XXIe siècle : seule la désobéissance civile peut désormais arrêter l’effondrement écologique et social ») de Roger Hallam, Chelsea Green Publishing, 2019

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