Quand les mots me manquent

Après douze ans de bons et loyaux services et 100 mots manquants dûment recensés et commentés, Daniel Pennac met un terme à sa rubrique. Il nous parle ici du plaisir qu’il a éprouvé à s’engager dans cette joyeuse aventure.


Le petit dernier de Daniel Pennac, Terminus Malaussène (Gallimard), sortira le 5 janvier. © Mantovani / Gallimard / Opale

Ce dictionnaire des mots manquants est un vieux rêve, celui d’une Babel recomposée. Voyons, puisque tel mot n’existe pas en français, puis-je le trouver dans une autre langue ? Et, si je le trouve, pourquoi ne pas me l’approprier ? Ainsi rêve depuis toujours le romancier que je suis. Quand l’intuition me vient qu’à un point précis de mes cogitations (ou de mes élucubrations), le mot idoine manque à ma plume, et quand, vérification faite, je constate que ce mot n’existe pas dans notre langue, j’éprouve la tentation d’aller le chercher ailleurs, quelque part dans l’infini lexique des peuples. Un projet de dilettante. J’ai toujours su que sa réalisation – pour peu qu’elle soit possible – exigerait une vie entière de recherche, en butte à d’innombrables difficultés. Pour commencer, je ne parle aucune langue étrangère. Enfant, ma cancrerie me portait à supposer trop intelligent pour moi tout ce qui se disait dans un autre idiome que le mien. Autre difficulté, la définition du « manque ». Suffit-il qu’un mot me manque pour qu’il soit...

ARTICLE ISSU DU N°123

SUR LE MÊME THÈME

Esprit critique Dissident de l’Occident
Esprit critique Une démocratie sacrifiée
Esprit critique L’historien, pêcheur et pécheur

Aussi dans
ce numéro de Books