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La femme qui accoucha de lapins

En octobre 1726, les gazettes britanniques rapportaient l’histoire d’une paysanne du village de Godalming qui avait mis au monde à plusieurs reprises des lapins entiers, mais aussi démembrés. Le chirurgien de la région en attestait.

Cette femme, Mary Toft expliquait qu’elle avait, quelque temps plus tôt, fait une fausse couche après avoir tenté de capturer un lapin. Selon une théorie médicale en vogue à l’époque, ce que les femmes voyaient ou imaginaient durant leur grossesse avaient une influence sur l’enfant à naître.

La supercherie aux lapins

Le cas de Mary Toft attira l’attention du roi George I qui envoya deux scientifiques de sa cour au chevet de la jeune femme. À leur arrivée, elle « accoucha » de nouveaux lapins. Mais placée sous surveillance à Londres, le phénomène cessa. Elle finit par avouer la supercherie et fut envoyée en prison.

L’apparente audace de Mary Toft, une femme pauvre, était offensante pour beaucoup et ce d’autant plus que la presse ne se privait pas de railler les courtisans et scientifiques prêts à la croire, explique Karen Harvey, professeur d’histoire à l’université de Birmingham. Dans The Imposteress Rabbit Breeder, elle « s’intéresse à ce que cette affaire révèle de l’Angleterre du XVIIIe siècle, particulièrement en matière de classe, de sexe, de pouvoir et de développement de la presse. Si une grande partie de ce qu’elle explique est connu et qu’elle abuse des généralisations, elle met aussi en avant un angle intéressant », note l’universitaire Norma Clarke dans la Literary Review.

Accouchements politiques

Harvey relève que, l’été précédent, Joshua Toft, l’époux de Mary, avait été accusé, avec tout un groupe d’hommes, d’avoir pêché dans un étang privé. Elle y voit le signe d’une société toujours plus inégalitaire. Alors que l’industrie de la laine qui faisait vivre la région est en déclin, les riches s’arrangent pour que les poissons et gibiers qui permettent aux plus pauvres de se nourrir, soient considérés comme des propriétés privées. « Il est donc plausible, selon Harvey, que l’obsession de Toft pour les lapins ait une signification symbolique », précise Wendy Moore dans The Guardian.

Le livre d’Harvey est le deuxième en quelques mois à s’intéresser à cette anecdote de l’histoire britannique. Fin 2019, l’écrivain américain Dexter Palmer l’a utilisé pour son roman Mary Toft ; or the Rabbit Queen(Pantheon). Avant cela en 2002, l’Irlandaise Emma Donoghue faisait de Mary Toft l’une des figures de son recueil de nouvelles consacrées à des femmes marginales (The Woman Who Gave Birth to Rabbits, Virago).

À lire aussi dans Books:Nicolaï Lilin, un bel imposteur, avril 2012.

LE LIVRE
LE LIVRE

The Imposteress Rabbit Breeder: Mary Toft and Eighteenth-Century England de Karen Harvey, Oxford University Press, 2020

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