Fourchette et bonnes manières
par Amandine Meunier

Fourchette et bonnes manières

Longtemps vilipendé par l’Église, cet instrument mit des siècles à s’imposer en Europe. Et à acquérir la forme qu’on lui connaît aujourd’hui.

Publié dans le magazine Books, novembre / décembre 2017. Par Amandine Meunier

Pour son mariage en 1004 avec le fils du doge de Venise, la princesse byzan­tine Maria Argyropoulina ­apporta un coffret de fourchettes en or à deux dents et s’en servit lors du repas de noces. L’Église s’en émut, car « Dieu, dans sa sagesse, a fourni à l’homme des fourchettes naturelles, ses doigts ». Deux ans plus tard, la princesse mourut de la peste et saint Pierre-Damien y vit le juste châtiment de Dieu, outré par « la vanité de cette femme ». La fourchette a mis des siècles à faire son entrée dans les manières de table de l’Europe chrétienne. L’histoire et la signification des manières de table, c’est le sujet du livre désormais classique de Margaret Visser, réédité un quart de siècle après sa parution. Fouillant dans les mœurs des sociétés les plus anciennes et les plus reculées, elle voit dans les rituels du repas « un système de tabous conçu pour rendre toute violence impossible ». Même les cannibales respectent des règles. Les manières de table sont « la façon qu’a chaque culture d’organiser le partage des aliments ». Elles sont « essentielles à la création et la survie de toute société humaine sans exception ». De ce point de vue la fourchette nous « a placés dans une relation singulièrement distante vis-à-vis de la nourriture ». Chez un ancien peuple des Fidji, la viande humaine ne pouvait être consommée qu’avec une fourchette spéciale. « C’est l’un des rôles principaux de l’étiquette : assourdir la violence que…

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