Fuite poétique à Fukushima

« Quand, resté à Fukushima, j’ai commencé à écrire sur Twitter après la catastrophe, j’étais en état d’aphasie. J’étais revenu à l’âge de 12 ans. J’avais perdu mon regard d’adulte et ma raison de poète. »

À vrai dire, j’étais un peu inquiet, confie le poète Ryôichi Wagô. Je ne savais pas si les sinistrés allaient accepter mes poèmes. Je me demandais s’ils n’allaient pas trouver cela proprement pénible, ou déprimant, ces sentiments jetés sans pudeur immédiatement après la catastrophe, comme par irritation. Son inquiétude s’est révélée sans objet. Dans les centres d’accueil, les réfugiés ont fait circuler ses textes sur Twitter avant de les transcrire sur papier. Au mois de juin, ses tweets ont été réunis en deux volumes, Shi no tsubute (« Jets de cailloux ») et Shi no mokurei (« Poèmes pour un hommage silencieux »), qui forment une sorte de trilogie avec un autre livre, Shi no kaikô (« Retrouvailles en poèmes »), qui mélange poèmes et témoignages. Depuis, ces trois ouvrages connaissent un immense succès. Catastrophe et poésie : sans doute la réalité de ce désastre ne pouvait-elle mieux s’exprimer que sous cette forme. Songeons au triple cataclysme qui a frappé Fukushima, où le poète est...
LE LIVRE
LE LIVRE

Jets de cailloux de Ryôichi Wagô, Tokuma, 2011

ARTICLE ISSU DU N°30

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