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L’habileté diabolique des virus

La science est la seule arme pour combattre les agents infectieux, rappelle le très médiatique virologue Roberto Burioni dans un ouvrage opportunément paru le jour suivant le début du confinement.


© Alberto Pizzoli / AFP

À Rome, le 24 avril. Roberto Burioni avait alerté contre le Covid-19.

En Italie, les ouvrages de vulgarisation scientifique figurent rarement parmi les titres les plus vendus. Mais, depuis l’explosion de la pandémie de Covid-19, deux livres sur les virus captivent les lecteurs : Virus, la grande sfida, de l’épidémiologiste Roberto Burioni, paru le 10 mars, le lendemain du décret imposant le confinement à tout le pays, et Spillover, réédition du best-seller de 2013 du journaliste américain David Quammen. L’Américain et l’Italien ont eu le mérite de voir venir la crise actuelle. Professeur de microbiologie et de virologie à l’université Vita-Salute San Raffaele de Milan et vulgarisateur de talent, Roberto Burioni est depuis plusieurs années l’invité régulier d’une émission-débat dominicale très regardée. Face à une opinion sensible aux discours parascientifiques, il défend avec passion la cause de la science en général et la nécessité des vaccins en particulier, surtout depuis l’arrivée au gouvernement du Mouvement 5 étoiles, qui s’opposait à l’obligation de vaccination pour l’inscription à l’école.

 

En mai 2019, Burioni a convaincu son éditeur de publier un livre sur les agents infectieux. Dans la bataille d’experts engagée dès janvier sur les plateaux télévisés italiens, il a été l’un des rares scientifiques à pointer du doigt les dangers du nouveau virus qui, prévenait-il, ne resterait pas en Chine. Fin janvier, ceux qui évoquent « une grosse grippe » l’accusent d’alarmisme quand il «énonce des vérités désagréables qui, si on les avait écoutées à temps, nous auraient épargné toutes ces mesures extraordinaires », remarque le quotidien en ligne Linkiesta. Fin février, lorsque les premiers foyers de contamination sont identifiés et isolés, on lui reproche encore d’alimenter « l’hystérie collective ». Mais, en quelques semaines, Burioni passe « de Cassandre à gourou », selon le quotidien Il Foglio.

 

L’auteur se défend pourtant d’avoir écrit un livre de circonstance. Son objectif ? Montrer comment la science est parvenue à vaincre la peste, le choléra, le sida ou le Sras grâce à la découverte des mécanismes de transmission des virus ou des bactéries. « Le virus a ceci d’intrigant qu’il n’existerait pas sans l’hôte chez qui il se réplique, expliquait l’auteur début mars dans l’émission de radio Scienza. Mais il tend à nuire à l’organisme dont il dépend […]. C’est la compréhension de cette relation quasi perverse qui permet de venir à bout d’une épidémie. Contrairement au virus du Sras, qui n’était virulent que lorsque les sujets étaient déjà très malades, le coronavirus actuel a l’“intelligence” de causer des symptômes légers, voire pas de symptômes du tout, pour mieux se répandre. En l’absence de vaccin ou de traitement, notre seule arme est donc de faire le contraire de ce que “souhaite” le virus. D’où la nécessité de la distanciation sociale. » « En bon virologue, écrit Riccardo Chiaberge dans Linkiesta, le professeur Burioni admire le virus, il l’aime et le déteste. Il lui prête sinon une intelligence du moins une habileté diabolique qui lui permet de se répliquer à nos dépens et de frapper le plus de monde possible. »

 

Au-delà de la situation sanitaire, Burioni explore les conséquences politiques des épidémies précédentes, rappelant que, « à plusieurs reprises, les virus et les bactéries ont changé le cours de l’histoire », note encore Chiaberge, lui-même auteur en 2016 d’un livre sur la grippe espagnole : « À partir de 541, l’épidémie de peste qui se répand au cours des deux siècles suivants signe la fin de l’Empire romain et le début du Moyen Âge. Au XIVe siècle, la Peste noire marque le début de l’époque moderne, le passage à la Renaissance. Dans les deux cas, le bacille assassin arrive à bord des navires et des caravanes de marchands qui commercent avec l’Orient.» Un constat qui fait évidemment écho en 2020.

LE LIVRE
LE LIVRE

Virus, la grande sfida. Dal coronavirus alla peste: come la scienza può salvare l’umanità (« Virus, le grand défi. Du coronavirus à la peste : comment la science peut sauver l’humanité ») de Roberto Burioni, avec la collaboration de Pier Luigi Lopalco, Rizzoli, 2020

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