Ici et ailleurs

« Non seulement Dieu est mort, mais essayez de trouver un plombier le week-end », ironise Woody Allen. On est loin du pathos de Nietzsche : « Ce que le monde a possédé jusqu’à présent de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous notre couteau. » (Lire l'encadré de l'article "Que la joie soit avec vous".)  Loin aussi de la spiritualité d’Einstein : « De savoir que ce qui nous est impénétrable existe réellement et se manifeste comme la plus haute sagesse et la beauté la plus rayonnante […], un tel savoir, un tel sentiment sont au cœur de la véritable religiosité. » (Lire l'article "Athées, mais religieux".) Loin encore de l’athéisme didactique d’un Richard Dawkins, lequel a jugé utile de réécrire les Dix Commandements pour exalter la vie bonne et la bonne vie, fondées notamment sur la morale, la joie et l’esprit critique. Plus proche peut-être, mais pas de beaucoup, d’un Alain de Botton, qui milite pour ériger au centre de Londres une tour de 46 mètres de haut, un « temple de l’athéisme », devant lequel les passants se prosterneraient pour révérer « l’amour, l’amitié, le calme, la mise en perspective ». Dans L’Avenir d’une illusion (1927), Freud écrivait : « Nous avons entendu l’aveu que la religion n’a plus sur les hommes la même influence que jadis (il s’agit ici de la culture euro-chrétienne). Cela, non parce que ses promesses sont devenues plus modestes, mais parce qu’elles apparaissent aux hommes moins crédibles. Reconnaissons que la raison de cette transformation est le renforcement de l’esprit scientifique dans les couches supérieures de la société humaine. » Notez la parenthèse : dans « la culture euro-chrétienne ». La langue chinoise traditionnelle n’a pas de mot pour désigner un Dieu unique comparable à celui du monde chrétien. La question religieuse se pose donc tout différemment dans la culture confucéenne. Quant au Bouddha, il est certes une divinité, mais non le Dieu tout-puissant et castrateur que Nietzsche ou Dawkins ont en tête. Et si le monde chrétien vit en effet de manière de plus en plus prégnante la « mort de Dieu » (et s’en accommode plutôt bien), cela ne vaut que pour les pays nantis. Dieu est plus vivant que jamais en Amérique latine et ailleurs dans le monde pauvre. Et partout en terre d’islam, Allah est grand.  

SUR LE MÊME THÈME

Edito À propos de Books
Edito D’une guerre froide à l’autre
Edito Le mot de trop

Aussi dans
ce numéro de Books