Indiens des villes

Indiens des villes

Dans un premier roman très remarqué, l’écrivain amérindien Tommy Orange traite de l’identité et de la mémoire d’un peuple déraciné. Des sujets sensibles, ultracontemporains.

Publié dans le magazine Books, avril 2019.

© Nicole Bengiveno/The New York Times/Redux/Rea

Quartier indien de Minneapolis. « La ville nous a pris dans un monde de verre, de métal et de câbles électriques », écrit Tommy Orange.

Dans les dernières pages de There There, premier roman « bouleversant » de Tommy Orange, selon The Washington Post, un petit Amérindien de 4 ans ne cesse de demander à sa grand-mère : « On est quoi ? On est quoi ? ». « L’enfant n’a pas moyen de le savoir, mais c’est une question que les envahisseurs européens contraignent les Indiens à se poser depuis des siècles. Exilés, dispersés, massacrés, dépossédés, tournés en ridicule, rayés de la carte, les Améridiens ont été obligés de se définir sur un fond de violence incessante. Leur survie, leur naufrage et leur résilience dans les États-Unis d’aujourd’hui constituent les sujets de There There. » Paru au mois de juin dernier, le livre figure toujours parmi les best-sellers du New York Times. De la très intellectuelle New York Review of Books à O, le magazine féminin de l’animatrice de télévision Oprah Winfrey, tous les grands médias le classent parmi les meilleurs romans de 2018. Sans doute parce que l’ouvrage est vraiment « aussi bon qu’on le dit » – c’est du moins ce qu’assure The New York Times. Peut-être aussi parce qu’il s’agit, au fond, d’une réflexion sur l’identité brisée. Un thème qui passionne aujour­d’hui, comme en témoigne Kanata, la pièce du dramaturge québécois Robert Lepage jouée ces jours-ci à Paris. Membre des tribus cheyennes et arapahos de l’Oklahoma, Tommy Orange commence son roman par un essai « incandescent », écrit The Washington Post. Il part d’une image, celle de la tête de chef indien avec sa coiffe de plumes qui figurait jusque dans les années 1970 sur la mire de fin des programmes à la télévision américaine. « La tête n’avait pas de nom, pas de corps, pas de tribu. C’était juste la “tête ­indienne” »,…
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