Dossier
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Des scientifiques intègres comme des coureurs du Tour de France

La fraude scientifique est beaucoup plus répandue qu’on le pense, mais le principal coupable est l’évolution du système de la recherche. L’hypercompétition est aggravée par des modes d’évaluation qui privilégient la quantité de publications au détriment de la qualité.


© Christopher Capozziello/The New York Times-Redux-Rea

Sur 53 études de référence menées en oncologie, l’entreprise de biotechnologie Amgen (ici un de ses sites de production aux États-Unis) n’est parvenue à en reproduire que 6.

Nous estimons qu’au cours des cinquante dernières années les incitations et le système de récompense de la science ont changé, créant une hypercompétition entre les chercheurs universitaires. Aux États-Unis, les chargés de cours et les maîtres de conférences représentent aujourd’hui 76 % des enseignants universitaires, ce qui permet aux universités de fonctionner davantage comme des entreprises, avec pour effet de rendre les postes de titulaire beaucoup plus rares et convoités. Le recours croissant à des indicateurs de mesure de la performance tels que le nombre d’articles et de citations et le montant des crédits de recherche obtenus conduit à se désintéresser de la qualité et de l’utilité sociale des travaux de recherche. Il est à craindre aussi que ces pressions favorisent des pratiques contraires à l’éthique de la part des scientifiques qui évoluent dans cet environnement hyperconcurrentiel. Nous considérons qu’une réforme s’impose pour rétablir l’équilibre au sein de l’université et dans le contrat social entre la science et la société, afin de garantir qu’à l’avenir la science joue son rôle de bien commun.  
LE LIVRE
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Fostering Integrity in Research, The National Academies Press, 2017

ARTICLE ISSU DU N°88

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