La plume ou le micro ?
par Jean-Louis de Montesquiou

La plume ou le micro ?

Publié dans le magazine Books, février 2019. Par Jean-Louis de Montesquiou
Pour bien raconter, il faut avoir quelque chose à raconter. Et, pour recueillir du matériau, pourquoi pas le journalisme ? Peut-on imaginer meilleur trou de serrure pour observer les recoins de l’âme de la société ou des individus qui la composent, et tous les petits et grands événements qui affectent nos contemporains ? La guerre, par exemple. C’est un « énorme avantage pour un écrivain d’avoir l’expérience de la guerre », assène Ernest Heming­way en professionnel des deux exercices (1). Une expérience qu’on peut acquérir comme victime ou comme militaire, mais aussi comme reporter au proche contact du « boum boum », pour ­reprendre les termes de la ­profession. Tous les écrivains ne sont pas d’accord. Pour un Ward Just qui recon­naît que c’est le journalisme qui lui a fourni « l’engrais qui a fait pousser les plantes de [son] jardin » de romancier, combien vilipendent les « folliculaires » (Voltaire), ceux qui « trempent leur plume dans l’encre impure de l’écriture » (Dominique Fernandez), voire « ces ratés de l’écriture » (Henry de Montherlant). Même Hemingway fait la fine bouche : « Travailler pour un journal ne peut pas faire de tort à un jeune auteur, s‘il arrête à temps » (comme il l’a fait lui-même, faut-il…
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