Michel Kokoreff : « La France est écartelée entre la crispation sécuritaire et le pragmatisme »

Professeur de sociologie à l’université de Nancy 2, Michel Kokoreff est notamment spécialiste des jeunes des quartiers populaires. Il est l’auteur de  nombreux ouvrages, dont La drogue est-elle un problème ? (Payot, 2010). En écho au dossier de Books, il analyse l’hypocrisie, à l’égard des drogues, d’une société française qui consomme mais n’en parle pas.

Votre livre est sorti à peu près au moment où émergeait, en France, le débat sur les salles de consommation de drogues. Depuis, le débat a tourné court avec la fin de non-recevoir opposée par l’Etat au rapport de l’Inserm en faveur de ces salles. Que vous inspire cette réaction des pouvoirs publics ? Elle ne me surprend pas. Le président de la République et le gouvernement défendent et incarnent à outrance une politique hyper-sécuritaire. Mais cette crispation n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans la droite ligne, si j’ose dire, de la position de l’Etat depuis la loi de 1970, qui consiste à traiter les drogués comme des délinquants tout en jouant sur les peurs que « la » drogue suscite au sein de la société française. Ainsi, parler de « salles de shoot » n’est pas neutre. Car enfin, quel est l’enjeu ? Il s’agit non pas d’inciter à la consommation, mais de réduire les risques sanitaires et sociaux liés aux usages d’héroïne ou de crack. Et nous savons que ce dispositif fonctionne. Diverses études internationales montrent qu’il favorise ...

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