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La nouvelle Inquisition hindoue

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Sous la pression d’un groupe extrémiste, un éditeur retire de la vente un ouvrage d’une spécialiste américaine de l’Inde ancienne. Résultat, les lecteurs se ruent sur son dernier livre, paru en 2013 et toujours disponible.

La polémique fait rage en Inde à propos des livres de l’orientaliste américaine Wendy Doniger. Un vrai feuilleton politico-intellectuel, dont le premier acte s’est joué en février dernier : jugé offensant par les zélateurs de l’identité hindoue, l’Hindutva – un concept politique cher aux nationalistes du Bharatiya Janata Party (BJP) –, l’ouvrage « Les hindous. Une histoire alternative », paru en 2009, est retiré de la vente et pilonné. L’éditeur Penguin India a cédé à la pression d’une association de défense de l’hindouisme, le Shiksha Bachao Andolan Samiti (SBAS, « Mouvement pour sauver l’éducation »), qui avait intenté une action en justice.

Cette censure, comme c’est souvent le cas, n’a fait qu’attirer l’attention des lecteurs sur Wendy Doniger. Résultat, toute la bourgeoisie intellectuelle indienne s’est ruée sur un autre livre de la même universitaire, On Hinduism, publié

; en 2013 par Aleph Book Company et encore disponible à la vente.

Encouragés par leur précédent succès et par le contexte des élections législatives d’avril-mai, les militants du SBAS ont rapidement exigé le retrait de ce second livre, au motif que l’auteure y emploierait « des termes péjoratifs pour qualifier les divinités hindoues, insultant par là les sentiments religieux des hindous », selon l’explication donnée par le porte-parole de l’organisation dans le Times of India. Pour le SBAS, le livre serait l’instrument d’une conspiration ourdie par les laïcs « pour ternir l’image de la culture hindoue et de l’Inde ».

Un discours qui suscite la colère et l’inquiétude des partisans de la liberté d’expression. Dans l’hebdomadaire Outlook, la romancière, essayiste et militante Arundhati Roy apostrophe son éditeur, Penguin India, lui reprochant d’avoir cédé « hors tribunal, à la pression d’un groupuscule hindou fanatique » : « Dites-nous, s’il vous plaît, ce qui vous a fait si peur ? »

Malheureusement, remarque pour sa part l’historienne spécialiste de l’Inde ancienne Romila Thapar, toujours dans Outlook, la loi indienne « ne soutient guère les éditeurs et les auteurs ». « Les articles du code pénal utilisés par les partisans de l’interdiction nous ont été légués par l’administration coloniale, laquelle avait besoin d’une loi attrape-tout pour interdire tout texte ayant trait à la religion, à la politique, à la race ou à la caste. » Aujourd’hui, cette loi constitue un puissant instrument de pouvoir pour les fondamentalistes de tous bords. Et même le fondement institutionnel d’une certaine forme d’« Inquisition », selon le journaliste Praveen Swami, du quotidien The Hindu. Il rappelle que, vingt-cinq ans après leur parution, Les Versets sataniques de Salman Rushdie sont toujours interdits dans le pays.

LE LIVRE
LE LIVRE

Sur l’hindouisme de Dans le désert, Aleph Book Company

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