La plus mystérieuse des formes d’intelligence

Depuis que les hommes, dans le sillage des romantiques, s’émerveillent devant le génie, ils cherchent à en comprendre l’origine. À la clé, des recherches parfois sérieuses, parfois loufoques, parfois novatrices, parfois dangereuses, sur la mesure et la source des facultés exceptionnelles. Mais le désir de mettre en équation l’intelligence nous a rendus plus étrangers aux vrais génies, ces phares de l’humanité.

J’ai eu l’occasion de rencontrer six Prix Nobel, et pas un seul ne méritait à mes yeux, ni de près ni de loin, l’étiquette de génie. Trois ont décroché le Nobel d’économie. Ils étaient tous extrêmement sûrs d’eux et certainement très intelligents, mais, à mon humble avis, pas assez impressionnés par les mystères de la vie. Un autre avait reçu le Nobel de physique ; mais, en ma compagnie, il ne voulait parler que de Shakespeare, sur lequel il proférait des banalités prodigieusement ennuyeuses. Un autre était biologiste ; celui-là m’a paru, en dehors du laboratoire, dépourvu de la moindre finesse. Le dernier avait eu le Nobel de littérature, et la chose la plus marquante chez lui était la façon dont il avait bousillé sa vie privée. Rappelons-nous aussi que le prix Nobel de médecine a été attribué en 1949 au chirurgien portugais António Egas Moniz, pour l’invention du procédé qu’on appelle lobotomie. Le génie est exceptionnel. Selon Arthur Schopenhauer, il s’en trouve un parmi cent millions de personnes. Et dans ce domaine précis, il...
LE LIVRE
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Furie divine : une histoire du génie de Darrin McMahon, Basic Books, 2010

ARTICLE ISSU DU N°70

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