Le génocide dans la peau

Le génocide dans la peau

Le témoignage de vingt-quatre Turcs descendants d’Arméniens lève le voile sur l’histoire des rescapés qui ont échappé aux massacres en se convertissant à l’islam. Au prix du silence.

Publié dans le magazine Books, avril 2011.
Plus qu’un événement éditorial, la publication des Petits-Enfants est un événement politique : la sortie de ce livre témoigne de l’évolution considérable du rapport de la société turque à son histoire. Et montre l’échec des efforts déployés par l’État turc pendant près d’un siècle pour étouffer, faire disparaître toute trace du crime et nier le génocide dont furent victimes les Arméniens pendant la Première Guerre mondiale. Vingt-quatre Turcs qui ont osé briser le tabou de leurs origines y racontent le secret de leur famille, transmis jusque-là à mots couverts de génération en génération : l’un de leurs grands-parents, leur grand-mère très souvent (car les garçons et les hommes ont été plus systématiquement éliminés), était arménien. Rescapées du massacre, sauvées par des voisins ou mariées de force, ces femmes furent converties à l’islam et devinrent officiellement turques et musulmanes, au prix du silence sur leurs origines. Ces témoignages, bouleversants, racontent la violence du moment de la révélation, le vertige d’une identité qui vacille. C’est comme si « on m’avait volé une partie de ma vie », explique ainsi Deniz. Ces histoires disent aussi la crainte, toujours présente. Pour Emre Akoz, qui commente l’ouvrage dans le quotidien Sabah, « le point commun à tous ces petits-enfants, c’est qu’ils ressentent encore la peur et la menace. Très peu d’entre eux peuvent parler ouvertement de la réalité ». Tous, sauf deux, ont témoigné sous couvert d’anonymat. Pour les Turcs qui se sentent concernés par le génocide, découvrir que des milliers de leurs concitoyens, une voisine, un professeur, un mari parfois,…

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