Le sucre, mais pas seulement !

L’épidémie d’obésité et de diabète est d’abord et avant tout due à la transformation des modes de vie et à notre état d’esprit.

Il ne fait aucun doute que le sucre joue un rôle important dans l’épidémie mondiale d’obésité et de diabète, mais il n’est pas seul en cause. De nombreux autres facteurs interviennent, que les chercheurs peinent à pondérer. Il y a d’abord, tout simplement, la tendance à manger trop. Il n’y avait pas d’obèses ni de personnes en surpoids dans les camps de concentration. La tendance à absorber des calories en excès, quelle qu’en soit l’origine, est liée à la transformation des modes de vie, à la pression de la publicité agroalimentaire, à la recherche systématique par l’industrie de produits addictifs. S’ajoute à tout cela, dans les régions pauvres, l’élévation du niveau de vie : manger plus (et gâter ses enfants) est aussi une manière d’affirmer son nouveau statut social. Parmi les transformations des modes de vie, la sédentarisation apparaît comme un élément essentiel. Selon une récente publication de l’OMS, le manque d’activité physique est l’un des dix principaux facteurs de risque de décès et un facteur de risque décisif pour le diabète, la maladie cardiaque et le cancer. Or, selon l’organisation, un adulte sur quatre et 80 % des adolescents de la planète ne sont pas suffisamment actifs. L’OMS considère que l’activité physique est insuffisante quand un adulte fait moins de 150 minutes d’activité d’intensité modérée (par exemple jardiner, faire le ménage, bricoler, etc.) et/ou 75 minutes d’activité vigoureuse durant la semaine (courir, nager, faire de l’aérobic…). Des données présentées lors d’un récent congrès de cardiologie montrent que le pourcentage d’adultes physiquement inactifs suivant cette définition dépasse 50 % en Colombie et en Arabie saoudite, 30 % au Japon, en Italie et aux États-Unis ; elle avoisine 40 % en Grande-Bretagne et 30 % en Suède. Selon une étude britannique, les trois quarts des gens marchaient au moins une demi-heure par jour dans les années 1960 ; la proportion est tombée à moins de 40 % aujourd’hui. Les biologistes en pointe sur ce sujet explorent les prédispositions génétiques et un champ tout nouveau : les variations individuelles de la flore intestinale. Une population bactérienne appauvrie entraîne un risque accru d’obésité et de diabète. Une étude récente suggère même qu’un déficit bactérien a un effet paradoxal sur les édulcorants, comme la saccharine : ils élèveraient alors le niveau de glucose dans le sang. Mais pour nombre d’analystes, ces facteurs génétiques ne jouent qu’à la marge. Selon le psychiatre britannique Max Pemberton, l’essentiel est ce qui se passe dans la tête : les gens refusent d’assumer la responsabilité de leur surpoids, et le discours qui consiste à traiter l’obésité comme une maladie les conforte dans cette attitude. L’âpre vérité, explique le médecin, c’est qu’ils mangent plus et font moins d’exercice qu’ils ne le devraient, tout en répugnant à le reconnaître et à agir en conséquence. (1) Une enquête britannique menée en 1967 montrait que neuf personnes sur dix avaient cherché à perdre du poids l’année précédente ; en 2010, la proportion n’atteignait pas 50 %. Les préjugés aussi jouent un rôle important, surtout s’ils sont véhiculés ou entretenus par l’industrie pharmaceutique, le corps médical et les médias. Selon Max Pemberton, il est courant qu’une patiente vienne voir son généraliste avec un magazine entre les mains, exigeant qu’il lui prescrive les pilules pour maigrir vantées dans ses pages. Autre exemple classique d’idée reçue qui nuit à la santé : on entend encore couramment qu’il faut distinguer entre les sucres lents et les sucres rapides. C’est un mythe développé par les nutritionnistes dans les années 1960 et 1970 et invalidé depuis trente ans. Mais l’idée reste très répandue, y compris dans les milieux sportifs. Or il n’y a aucune différence dans le rythme d’absorption du glucose, quelle que soit son origine.  

Notes

1. The Spectator, « Obesity is not a disease », 12 octobre 2013.

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