Légionnaire, à la vie, à la mort

Légionnaire, à la vie, à la mort

La Légion étrangère n’en finit pas de fasciner historiens et journalistes anglo-saxons. Et d’attirer de nouvelles recrues. Il doit bien y avoir une raison.

Publié dans le magazine Books, mai/juin 2018.

© K. Evans

Prêt à mourir pour la France ? Un engagé de la Légion étrangère au Vietnam durant la guerre d'Indochine (1946-1954).

Pourquoi se trouve-t-il ­encore tant d’hommes pour s’enrôler dans la ­Légion étrangère, prêts à mourir pour un pays ou des causes qui leur sont complètement indif­férentes ? Et comment expli­quer l’incroyable attrait que cette institution éminemment française ne cesse d’exercer sur les historiens, auteurs et scénaristes ­anglo-saxons ? Deux ouvrages ont encore été publiés l’année dernière, s’ajoutant à une liste déjà fort longue (1). Books a déjà rendu compte en son temps, sous la plume de Max Hastings, de l’un des multiples volumes publiés sur le sujet par l’historien britannique Martin Windrow (« L’étrange empire de la ­Légion », Books, juillet-août 2012). Aux livres viennent sans arrêt s’adjoindre des articles souvent très bien informés, qui témoignent de l’inlassable curio­sité des rédactions de quotidiens, de magazines et de sites, de la Californie à l’Australie en passant par les îles Britanniques. Ce qui intéresse surtout les journalistes, ce sont les motivations des candidats. Entrer dans la Légion est d’abord, au sens propre et figuré, un parcours du combattant. La sélec­tion est impla­cable : un sur huit. ­Ensuite, il faut apprendre le français (« obligatoire même pour les jurons », note Neil Tweedie dans The Daily Telegraph). Puis suivre un entraînement impitoyable quelque part dans les Pyrénées, qui vous brise pour mieux vous remodeler. Et dans la Légion, on marche, on marche ; et si on traîne la patte, les officiers vous tapent dessus, comme ils en ont le droit. Car la Légion, créée en 1831 pour remplacer le régiment de Hohenlohe, des soldats étrangers au service de Louis XVIII, « conserve dans son ADN quelque chose d’allemand », remarque le poète britannique Robert Twigger dans le maga­zine en ligne Aeon. Non seulement son lent pas de défi­lement – 68 pas par minute –, mais la pratique d’une discipline de fer, quasi prussienne. Dans les ­articles qu’ils lui consacrent, les journalistes étrangers mettent d’ailleurs souvent en avant le côté « volontiers réactionnaire », voire raciste, des légionnaires. « C’est un sujet très sensible, écrit William Langewiesche dans Vanity Fair, mais, en dépit des démentis officiels, il est clair que les officiers de la Légion sont virulemment à droite. » D’autres soulignent le rôle de ce corps dans la répression brutale de la Commune. D’autres encore évoquent son implication dans le putsch d’Alger en avril 1961 – ce qui lui a valu d’être un peu tenu à l’écart pendant plus d’une décennie. Mais les faits sont là : « Il y a chaque…
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