L’hyperactivité, fille de Moscou et des labos

En 1950 encore, l’hyperactivité était inconnue des manuels de psychiatrie. Aujourd’hui, 3,5 millions de petits Américains sont sous traitement. À l’origine de cette épidémie, un étonnant concours de circonstances : d’un côté, le camouflet infligé à la science américaine par le lancement de Spoutnik, de l’autre, la mise sur le marché de la Ritaline au moment même où l’approche psychanalytique perdait de son empire.

Le trouble du déficit d’attention avec hyperactivité (TDAH) est, en moins de cinquante ans, sorti de l’obscurité pour prendre place au premier rang des troubles neuropsychologiques de l’enfance. En 1950, le TDAH n’avait même pas droit à une mention dans les livres de référence de psychiatrie infantile. Désormais, tout le monde ou presque en connaît les principales caractéristiques : « Il me donnait l’impression d’être une machine à mouvement perpétuel », écrit Matthew Smith à propos d’un des élèves de sa première classe d’enseignant en formation. « Il sillonnait la salle en tout sens, taillant son crayon, regardant par la fenêtre, essayant de mettre les chaussures des autres enfants… Comme si l’idée de rester assis tranquillement à sa place était pour lui une hérésie. » Cette agitation n’est pas simplement éprouvante pour toutes les personnes concernées ; elle laisse aussi augurer des conséquences fâcheuses : mauvais résultats scolaires, méfiance et agressivité face à une contrariété, difficulté à entrer en contact avec autrui, et, une fois adulte, incapacité de s’astreindre à un emploi régulier. La raison simple et évidente de l’inexorable hausse du ...
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