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L’indignation simple d’Arundhati Roy

L’égérie de l’extrême gauche, dont le dernier ouvrage sort ce mois-ci en France, attaque au vitriol le capitalisme indien, l’impérialisme américain et les mirages de la démocratie. Critique courageuse ou pamphlet réactionnaire ?

Bref recueil d’essais, dont le plus ancien remonte à 2002, le dernier livre d’Arundhati Roy a suscité une avalanche de réactions dans la presse internationale, parfois admiratives à l’égard de la romancière indienne devenue égérie de l’extrême gauche mondiale, parfois tout bonnement assassines. Contre ceux qui célèbrent le dynamisme économique de la démocratie indienne, Roy dénonce en effet la persistance des inégalités sociales, une politique de développement écologiquement irresponsable dont les plus pauvres sont les premières victimes, et la montée du nationalisme hindou, alimenté selon elle par le discours officiel sur le terrorisme islamique. Principal responsable de cet état de fait, la puissance « néo-impériale » américaine, qui se voit imputer pêle-mêle la responsabilité des conflits du Proche-Orient et les conséquences néfastes de la mondialisation.

Tandis que le très libéral hebdomadaire The Economist s’avoue « incapable de ne pas admirer Arundhati Roy », louant en elle « le genre de critique énergique et courageuse dont l’Inde a besoin », le magazine américain The New Republic fait entendre une tout autre appréciation : « naïveté », « mauvais goût », « atrophie mentale »… L’éditorialiste Isaac Chotiner n’a pas de mots assez durs pour accabler celle qui, selon lui, verse aujourd’hui dans « l’antiaméricanisme le plus débridé » et dont « la colère a rendu la réflexion grossière ». Excessive, sa critique des excès du capitalisme indien ignore les perspectives de progrès dont il est aussi porteur. Et ce jusqu’à l’aveuglement, puisqu’elle n’hésite pas à étayer son propos sur un rapport de l’Unicef qui conclut par ailleurs (elle se garde de le dire) que la diminution de la pauvreté extrême dans les pays d’Asie du Sud est « à mettre au compte de la croissance rapide de l’Inde au cours des dernières années ».

Plus inquiétant encore, le traitement réservé à l’idée démocratique : « Par démocratie, écrit Roy, je n’entends pas la démocratie comme idéal ou aspiration, mais le modèle dominant – la démocratie libérale occidentale et ses variantes. » Autrement dit, les institutions démocratiques concrètes, pour autant qu’elles ne réalisent pas parfaitement la démocratie « comme idéal », participent du « modèle dominant » et servent les puissants qui en profitent. Cette posture, que Chotiner juge « réactionnaire », lui inspire en particulier des attaques virulentes contre la Cour suprême indienne. Évoquant le soutien apporté par cette dernière à des projets de barrages nuisibles à l’environnement, Roy assène : « Tout cela peut être qualifié d’écocide – peut-être un prélude au génocide. » « C’est le genre de critique démentielle dont les entreprises n’ont rien à redouter », conclut Chotiner.

LE LIVRE
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