L’introuvable lecteur
par Jean-Louis de Montesquiou

L’introuvable lecteur

15643-86fc73 Publié dans le magazine Books, mai / juin 2017. Par Jean-Louis de Montesquiou
On écrit pour des lecteurs, n’est-ce pas ? Mais comment dénicher cette denrée dont la rareté afflige même un Philip Roth ? « Il y a 4 000 lecteurs aux États-Unis ; et une fois que le livre leur a été vendu ainsi qu’aux biblio­thèques, c’est fini », se lamente le romancier américain. En effet, 80 % des livres publiés se vendent à moins de 100 exemplaires, et seuls 2 % atteignent les 5 000. Pour la littérature générale, la moyenne des ventes (hors best-sellers) plafonne entre 250 et 500 exemplaires. Voilà le grand défi de l’écriture, après l’acte d’écrire lui-même. Au xixe siècle au moins, les romanciers disposaient encore d’un vaste réservoir de lecteurs : les femmes de province, dont « la grande occupation, se félicitait Stendhal, est de lire des romans […] car les hommes ont pris le goût de la chasse et de l’agriculture, et leurs pauvres moitiés ne pouvant faire des romans se consolent en les lisant » *. Hélas, les temps ont bien changé. Non seulement les femmes écrivent des romans, mais, comme le constate Alexandre Vialatte, « elles ne lisent plus, elles qui étaient naguère les principales clientes du livre. Et à qui parleraient-elles donc d’un livre ? ». Du coup, certains contournent le problème en misant sur la qualité des lecteurs plutôt que sur leur quantit– Herman Hesse, par exemple : « Il vaut mieux être lu par une dizaine de bons lecteurs, dont la reconnaissance vous comble de joie, que par des centaines de lecteurs indifférents. » De même pour Stendhal, quoiqu’il mette la barre dix fois plus haut : « Je n’écris que pour cent…

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