Livres sur ordonnance

La lecture nuit à la santé, disait-on. Elle mène droit à la folie (comme ce pauvre Don Quichotte, dont le psychisme est ébranlé par les romans de chevalerie), à l’obésité et à la cécité, bien sûr. Cela provoque mille autres maux dus à l’abus de la position assise, que les experts des siècles passés listaient avec sadisme : « goutte, rhumatismes, affaiblissement des muscles, indigestion, coliques, occlusion intestinale, vertiges et flatulences », ou encore « hémorroïdes, asthme, apoplexie, troubles mentaux, migraines, épilepsie ou hypocondrie » 1.   Puis, au XIXe siècle, renversement complet. La lecture cesse d’être considérée avec suspicion et devient au contraire un auxiliaire de santé – de santé mentale au moins. Un écrivain écossais, le bien nommé Samuel Smiles, lance en effet avec son ouvrage Self-Help, en 1859, sinon la littérature de développement personnel – laquelle remonte à Spinoza, Sénèque, Épictète et tutti quanti – du moins le mot lui-même, et le phénomène commercial qu’il engendre.   Un succès tel que le poète Ezra Pound craignait que le « virus » du self-help ne contamine la litté...

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