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Les meilleures ventes (fiction) en Australie – Du côté des hors-la-loi

Familles dysfonctionnelles, lointaines banlieues, villages reculés : les romanciers australiens explorent les marges.

 

Gleebooks est l’une des librairies indépendantes les plus réputées de ­Sydney. Les étudiants mais aussi les artistes et les intellectuels qui la fréquentent plébiscitent, bien sûr, les romans primés d’auteurs nord-américains, britanniques et irlandais. Mais ils manifestent aussi un vif intérêt pour une littérature qui parle d’eux et de leur pays : quatre romans australiens figurent ainsi parmi les meilleures ventes de 2019.

 

Parmi ceux-ci se détache Le Garçon et l’Univers, de Trent Dalton. L’auteur s’est largement inspiré de son enfance pour ce premier roman situé dans une banlieue excentrée de Brisbane et peuplé de marginaux. Eli Bell, le jeune protagoniste, évolue dans un univers marqué par la pauvreté, les drogues, la violence et la prison mais trouve dans son imagination débridée une échappatoire salvatrice. En célébrant les losers et les hors-la-loi, Dalton s’inscrit dans une tradition nationale qui remonte aux premières colonies pénitentiaires britanniques, à la fin du XVIIIe siècle. Ce faisant, le romancier n’échappe pas tout à fait aux paradoxes propres à ces récits, qui confortent souvent plus qu’ils ne contestent l’ordre établi. Reste que, avec son écriture énergique, qui mêle lyrisme et parler populaire, Trent Dalton renouvelle le genre et porte un regard tendre sur des vies brisées.

 

Dans Too Much Lip, la romancière Melissa Lucashenko, aborigène par sa mère, prend elle aussi le parti des laissés-pour-compte et les situe dans un ­décor stéréo­typé qui participe d’un autre mythe australien : le village de l’intérieur des terres, emblème du mode de vie australien, même si le pays compte parmi les plus urbanisés du monde et mène des politiques peu soucieuses de ­l’environnement, dont les méga­feux récents sont venus rappeler les dangers.

 

Mais l’auteure s’écarte très vite des clichés, en plaçant au centre du récit une famille aborigène qu’elle ne ménage pas et en adoptant une perspective historique qui fait remon­ter les tensions présentes aux débuts de la colonisation. D’où la charge subversive du livre : les actes délictueux des personnages s’inscrivent dans une histoire de dépossession violente des terres et de répression systématique de la culture autochtone, si bien que certaines décisions offi­cielles apparaissent comme des crimes et certains crimes comme des actes de résistance.

 

Si les lecteurs raffolent toujours des images d’une ruralité idéalisée et des figures de rebelles déchus, ils sont de plus en plus nombreux à chercher les failles du grand ­récit national. C’est ainsi que l’on peut interpréter le succès de Too Much Lip.

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