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Les meilleures ventes en Iran – Lettres persanes… et autre

Attachés à leur patrimoine littéraire, les Iraniens se laissent aussi captiver par les livres étrangers.

Meilleures ventes en iran Lire en Iran ? Encore faut-il pouvoir se le permettre, vu la hausse du prix du papier et, par ricochet, de celui des livres. Mais, quand elle le peut, la jeunesse urbaine fréquente volontiers les librairies de la chaîne Shahre Ketab (« la ville des livres »), qui possède une quarantaine de points de vente à Téhéran. Dans la liste des meilleures ventes établie par Shahre Ketab ne figure aucune œuvre iranienne récente. Peut-être la nouvelle géné­ration d’auteurs, dont le leitmotiv est la vie terne de la classe moyenne urbaine, ne fait-elle pas rêver les lecteurs. Ceux-ci apprécient en revanche les livres étrangers, très présents da
ns le classement (sept sur dix), ce qui indique une certaine perméabi­lité à la mondialisation. Il faut aussi savoir qu’en Iran on attache autant d’importance au traducteur qu’à l’auteur. Le succès de Cent ans de solitude est ainsi imputable pour une bonne part au très renommé Bahman Farza­neh, qui l’a traduit dès 1974 – non pas directement de l’espagnol mais à partir de la traduction italienne. Interdit après la révolution iranienne, en 1979, le roman de García Márquez est de nouveau disponible depuis 2011. Quelques années avant de mourir, en 2014, Farzaneh avait annoncé qu’il ­cessait son activité car, déplo­rait-il, « il n’y a plus de bons romans ». Le succès auprès de la jeunesse des fictions à l’eau de rose de la Britannique Jojo Moyes lui donnerait-il raison ? La palme du livre le plus lu cette année revient à Soufi, mon amour, de la romancière turque Elif ­Shafak, qui a tout pour plaire aux Iraniens : la romance et la vulgarisation de l’histoire du soufisme. Pour les citadins, le soufisme appa­raît en effet comme la version locale du yoga, de la méditation et d’autres techniques de bien-être qui prospèrent dans les capitales du monde entier. Dans une société sous étroite surveillance, les lecteurs (et lectrices) se laissent en outre captiver par le récit du cheminement d’une femme vers son indépendance – et vers l’amour. Ils plébiscitent aussi « Le deuil de Siavash », premier roman écrit en Iran par une femme, Simin Daneshvar, en 1969. Ce chef-d’œuvre raconte la vie d’une famille de propriétaires fonciers de Shiraz, sous l’occupation de l’Iran pendant la Seconde Guerre mondiale. Une façon pour les lecteurs (et lectrices) de confirmer leur attachement à un héritage littéraire qui a pu survivre malgré la censure sévère de la République islamique.

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