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Les meilleures ventes (non-fiction) au Brésil – Un climat propice à Bolsonaro

Peu soucieuses d’égalité, les classes moyennes rêvent de réussite individuelle mais s’inquiètent pour la démocratie.

Le chanteur Chorão est une légende au Brésil. Cinq ans après sa mort, sa veuve, Graziela Gonçalves, revient sur leur passion. C’est pour elle que le rockeur avait composé le ­refrain « Qui d’autre que moi va te rendre heureuse ? », que « Grazi » a ­choisi comme titre de son livre. En ­octobre 2018, les lecteurs brésiliens recherchaient donc l’évasion glamour, à l’issue d’une campagne présidentielle tendue qui a vu la victoire de Jair Bolsonaro. Si le candidat d’extrême droite l’a emporté, c’est que le climat idéologique s’y prêtait, comme en témoigne le succès de la réédition de « L’imbécile collectif », ouvrage de 1996 dans lequel l’ess
ayiste ultraconservateur Olavo de Carvalho fustige la « décadence intellectuelle du Brésil », qu’il impute aux milieux universitaires de gauche. Climatosceptique et anticommuniste, Carvalho apparaît comme la référence intellectuelle de la nouvelle droite brésilienne. Significatif : si l’imbécillité est collective, le succès, lui, est individuel, comme l’atteste l’engouement pour les livres de développement personnel (tel Changer d’état d’esprit). Dans ce contexte, nombre de Brésiliens lisent « Comment meurent les démocraties », dans lequel les politologues américains Daniel Ziblatt et Steven Levitsky comparent l’accession au pouvoir de Donald Trump à celles d’Hitler et de Musso­lini. Les plus critiques partagent l’analyse développée par le sociologue Jessé Souza dans « L’élite arriérée », « un livre très important pour comprendre le Brésil actuel », estime la psychologue Marília Amorim sur le blog politique Conversa Afiada. D’après Souza, la société brésilienne reste marquée par l’esclavage : de « nouveaux esclaves » métissés sont « exploités par la classe moyenne et l’élite comme l’étaient autrefois les esclaves noirs », explique-t-il dans le quotidien Folha de São ­Paulo. Souza s’intéresse à la « fabrique de l’opinion » opérée par cette élite « prédatrice ». Pour lui, l’université de São Paulo serait en réalité le « gigantesque think tank du libé­ral-conservatisme », promoteur des deux principes phares, « patrimonialisme et populisme, instillés dans les médias comme un poison quotidien ». C’est ­ainsi, explique le sociologue, que les classes dirigeantes ont pu « disqualifier l’exigence d’égalité » et « enrôler les classes moyennes ». À l’exception de quelques lecteurs réfractaires.

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