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Pas fous ces Romains

Un grand historien dynamite les idées reçues sur la Rome antique.

À quoi servent les humanités dans le système scolaire et universitaire ? Faut-il s’alarmer du peu d’appétence pour l’étude de l’Antiquité classique ? Symptômes de cette inquiétude, plusieurs ouvrages parus récemment en Italie cherchent à faire sortir ces disciplines de leur cercle restreint d’étudiants et de chercheurs. L’helléniste Andrea Marco­longo avait conquis les lecteurs en plaidant passionnément la cause du grec ancien dans La Langue ­géniale (Les Belles Lettres, 2018). Avec La storia speciale, Giusto Traina propose d’apporter au public certains éclairages sur l’histoire romaine, dont ce professeur à la Sorbonne est un spécialiste internationalement reconnu.

L’historien n’administre pas à ses lecteurs une pesante leçon de culture générale, écrit ­Giuseppe Pucci dans le quotidien Il Mani­festo: « Si son livre s’apparente par son style à ceux de la collection “Pour les nuls ”, il est tout le contraire d’un rassurant exposé grand public. Il cherche à nous convaincre que l’histoire romaine est une histoire spéciale dont nous n’avons pas intérêt à nous affranchir. En revanche, nous avons intérêt à nous défaire au plus vite de toutes les idées reçues qui ont encore cours même chez un public cultivé. À commencer par l’idée que les Romains saluaient en tendant le bras droit vers le ciel. »

Giusto Traina passe ainsi l’univers antique au crible du fact checking. Le lecteur découvre ainsi que le salut romain, ­repris par le régime de Mussolini en hommage à l’Antiquité, est une invention que l’on doit au film Cabiria, réalisé en 1914 par Giuseppe Pastrone avec la collaboration de l’écrivain Gabriele D’Annunzio. Et que, si l’Empire romain fut un modèle d’intégration, ce fut par la force. Autres clichés mis à mal : l’expression nostrum mare (et non mare nostrum), qui désigne la Méditerranée, exprime en réa­lité la proximité géographique et non la propriété impériale ; le concept d’ius soli (« droit du sol »), souvent attribué au droit romain, a été élaboré beaucoup plus tardivement par les juristes médiévaux. Quant à la chute de Rome, phénomène historique fascinant, l’auteur examine à la loupe les quelque 200 raisons avancées pour ­l’expliquer. « Les lecteurs qui attendaient un manuel classique ou simplement une introduction à l’histoire ­romaine seront déçus par cet essai », juge Andrea Marco­longo dans le quotidien La Stampa. Car ­Traina parvient à remettre l’histoire ancienne en perspective, et ce de façon assez déconcertante. » Au lieu de mettre l’accent sur une continuité rassurante, note l’helléniste, il rétablit « une barrière entre les Romains et nous, qui ne sommes ni leurs héritiers matériels ni leurs héritiers spirituels. » 

LE LIVRE
LE LIVRE

La storia speciale. Perché non possiamo fare a meno degli antichi romani (« L’histoire spéciale. Pourquoi on ne peut pas faire sans la Rome antique ») de Giusto Traina, Laterza, 2020

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