Du plaisir de se faire surpendre

Du plaisir de se faire surpendre

Les auteurs de fiction trouvent dans nos biais cognitifs un allié précieux.

Publié dans le magazine Books, septembre/octobre 2018.
Arthur Conan Doyle, comme la plupart des auteurs de romans ­policiers, semble jouer franc jeu avec le lecteur et lui donner tous les indices nécessaires à la résolution du mystère. Ce n’est pas tout à fait vrai. Il s’appuie sur un de nos biais cognitifs, la « malédiction de la connaissance », assure Vera ­Tobin dans Elements of Surprise. Cette spécialiste américaine des sciences cognitives a étudié des œuvres de fiction (romans ou films) des XIXe et XXe siècles pour comprendre comment notre cerveau de lecteur ou de spectateur se ligue avec l’auteur pour produire l’« effet de surprise ». « Dans son analyse du mécanisme de la “surprise”, ­Tobin mobilise les sciences cogni­tives comme outil précieux de critique littéraire », écrit l’universitaire Gail Marshall dans Times Higher Education. Dans la vie, l’être humain assem­ble les informations à sa disposition pour donner un sens à son environnement. C’est ce qu’il fait aussi quand il lit un roman. Mais, à trop vouloir ­assembler les pièces du puzzle, il oublie celles qui lui manquent. Il croit avoir tous les éléments sous les yeux, mais il ne les a pas. C’est la « malédiction de la connaissance », qu’illustre Conan Doyle dans Un scandale en Bohême. À la suite d’une déduction de Holmes, le Dr Watson avoue : « Quand vous me donnez des explications, la chose me ­paraît si simple que je me crois capable d’en faire autant ; et néanmoins, à chaque nouvelle occasion, je me retrouve aussi novice et je ne comprends que lorsque vous m’avez une fois de plus développé…

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