Pourquoi déclenche-t-on une guerre ?
par Jean-Louis de Montesquiou

Pourquoi déclenche-t-on une guerre ?

Pour Thucydide, c’est la nature humaine qui conduit les puissants à vouloir dominer les faibles. « Cette loi était en pratique avant nous. Elle subsistera à jamais après nous », fait-il dire aux Athéniens.

Publié dans le magazine Books, mai 2019. Par Jean-Louis de Montesquiou
L'histoire est l’avant et l’après de la politique. Meilleur exemple : l’historien grec Thucydide, dont les observations restent tellement actuelles qu’elles sont prises en compte jusqu’à la Maison-Blanche. C’est d’ailleurs presque ce qu’il avait envisagé : « Il me suffira que ceux qui veulent voir clair dans les faits passés et, par conséquent, aussi dans les faits analogues que l’avenir selon la loi des choses humaines ne peut manquer de ramener, jugent utile mon histoire. » Avant même de devenir le deuxième président des États-Unis, John Adams conseillait en 1777 à son fils John Quincy Adams, qui allait accéder plus tard aux mêmes fonctions, de lire l’auteur grec : « Tu y trouveras plein d’enseignements pour l’orateur, l’homme d’État, le général, ainsi que pour l’historien et le philosophe. 1 » L’histoire que Thucydide analyse est pourtant bien ancienne : c’est celle de la guerre du Péloponnèse, qui opposa Athènes à Sparte de 431 à 404 avant notre ère. Le conflit s’acheva sur une sorte de match nul : Athènes fut techniquement vaincue mais Sparte ne put profiter de sa victoire. Thucydide fut témoin des événements qu’il décrit, du moins jusqu’en – 411. Il en fut aussi un acteur en tant que stratège. Un général malheureux, limogé et contraint à l’exil pendant vingt ans. Avec ses contacts d’ancien insider, il put recueillir des témoignages à foison, et les décortiquer avec une précision et une objectivité qui font de lui l’un des premiers historiens (« On doit penser que mes informations proviennent des sources les plus sûres et présentent, étant donné leur antiquité, une certitude suffisante »). On peut même lui attribuer l’invention d’une méthode visant à exposer les points de vue des uns et des autres en faisant « discourir » des protagonistes éminents : « Comme il m’a semblé que les orateurs devaient parler pour dire ce qui était le plus à propos, eu égard aux circonstances, je me suis efforcé de restituer le plus exactement possible la pensée complète des paroles exactement prononcées. » Voilà pour la forme, déjà remarquable. Mais le fond de son récit ne l’est pas moins, car Thucydide apporte des réponses toujours valables à cette question impérissable : pourquoi et comment déclenche-t-on une guerre ? À l’en croire, la cause première de la guerre du Péloponnèse, ce fut la mécanique des alliances, telle qu’on la verra encore à l’œuvre des dizaines de siècles plus tard à Sarajevo ou à Dantzig. Mais ce qui déclencha la réaction en chaîne, ce fut l’agression de Corcyre (Corfou) contre la cité d’Épidamme, alliée de Corinthe. Athènes, alliée récente de Corcyre, avait aussitôt pris les armes contre Corinthe, laquelle était aussi l’alliée de Sparte. Les arbitrages échouèrent avant même d’avoir été tentés, les ambassades capotèrent, l’embrouillamini s’intensifia et, bientôt, toute la Grèce fut entraînée dans le feu du conflit. Un feu qu’alimentait un combustible amassé depuis la fin des guerres médiques,…
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