Pourquoi écrit-on ?
par Jean-Louis de Montesquiou

Pourquoi écrit-on ?

Publié dans le magazine Books, mars / avril 2017. Par Jean-Louis de Montesquiou
Depuis que les écrans ont bouleversé la lecture (atten­tion : il ne s’agit pas d’une diminution mais d’une évolution ; les moins de 30 ans lisent plus que leurs aînés, selon une étude récente du Pew Research Center), qu’advient-il de l’autre élément du couple littéraire, l’écrivain ? L’occasion est toute trouvée d’examiner les grandes questions que soulève l’écriture – le pourquoi, le où, le quand, le comment – et c’est ce que je me propose de faire dans les prochaines chroniques. Commençons par le pourquoi. Les statistiques sont formelles : jamais, écran ou pas écran, on n’a autant écrit. On estime en France le nombre d’« écrivants », pour reprendre la terminologie de Roland Barthes, à plus de 50 000 ! Donc 50 000 quidams qui, avant même d’avoir décapuchonné leur stylo ou allumé leur ordinateur, ont tous bien dû affronter cette question. Car, n’est-ce pas, comme dit ­Bergson, « on n’est jamais tenu de faire un livre ». Quant aux réponses… Freud postule qu’on écrit pour être aimé. Montherlant, pour avoir des succès féminins ( !). Valéry dit écrire « par faiblesse ». Beckett, parce qu’il n’est « bon qu’à ça ». Orwell, « pour pousser le monde dans une certaine direction ». Knut Hamsun, pour « tuer le temps ». Borges, «  pour en adoucir le cours ». Marguerite Duras, « pour retrouver l’inconnu de soi ». Chez certains, l’écriture répond même à un besoin biologique – « une nécessité péristaltique », suggère Hemingway, en écho à Flaubert qui dit de George Sand : « Chez elle, c’est une fonction. » Le poète anglais John Milton attend chaque matin que sa secrétaire-­vachère « vienne le traire » de…

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