Rayés de la carte
par Jan Morris

Rayés de la carte

Un philatéliste norvégien retrace l’histoire de 50 États ou territoires éphémères dont il ne subsiste plus aujourd’hui que des timbres-poste.

Publié dans le magazine Books, mai/juin 2018. Par Jan Morris
J’adore les ouvrages excen­triques, et Nowherelands en est un. Ce livre traduit du norvégien est une compilation sérieuse et souvent amusante de toutes sortes de faits et de commentaires sur 50 territoires de la planète qui, à un moment ou à un autre depuis 1840, ont cessé d’être des entités politiques – un drôle d’assortiment qui va de la Sicile au sultanat du Haut-Yafa, au ­Yémen. Le livre est constitué de témoignages, d’analyses historiques et de réflexions sur des musiques, des films et même des recettes de cuisine, mais son socle reste la collection de timbres de l’auteur. Lorsqu’il l’a constituée, explique Berge, il voulait qu’elle comprenne un timbre-poste de chaque pays en ayant émis ­depuis le premier Penny Black (1). Et uniquement des exemplaires oblitérés. Chaque chapitre du livre est illustré par une pièce issue de sa collection. (Il a aussi goûté beaucoup des recettes qu’il donne, autre moyen selon lui de « faire corps avec son sujet »). Ces singularités enrichissent le livre plutôt qu’elles ne le péna­lisent – Nowherelands est tout de questionnement érudit et de curio­sité. Je l’ouvre au hasard au chapitre consacré à Elobey, Annobón et Corisco – population : 2 950 habitants, superficie : 35 km². Existence en tant qu’en­tité politique : 1777-1909 (2). Je ­parie que vous n’aviez jamais ­entendu parler d’Elobey, Anno­bón et Coris­co, dans le golfe de Guinée ; moi non plus. Le timbre de la collection de Bjørn Berge émis par ce territoire insulaire porte le cachet d’Elobey – les habitants des deux autres îles expé­diaient rarement du courrier. Mais, nous dit l’auteur, l’exploratrice britannique Mary Kingsley en a parlé en 1895 – elle s’y était fait servir du thé et des avocats par des missionnaires catho­liques. Aujourd’hui, Annobón (mais pas Elobey ni Corisco) ­serait contaminée par un enfouissement de déchets radioactifs. Ou bien prenez l’île que nous connaissons…
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