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Les robots contre l’emploi ?

L’automatisation va-t-elle détruire l’emploi et créer une société à deux vitesses ? De bons arguments étayent cette hypothèse. D’autres, tout aussi bons, la contredisent.

La nouvelle révolution industrielle va-t-elle, contrairement aux précédentes, faire baisser durablement le taux d’emploi et aggraver les inégalités ? Comme Books l’a déjà souligné dans ses numéros de février et de novembre 2015, les économistes ne sont pas d’accord entre eux.
Dans un livre consacré aux Gafa, les quatre géants californiens, Scott Galloway, de l’univer­sité de New York, met en garde contre l’impact de la « tech » sur les emplois non technologiques. Il décrit Amazon comme « un commerçant qui détruit des ­centaines de milliers d’emplois » et soupçonne Jeff Bezos de soutenir l’idée d’un revenu universel parce qu’il envisage un avenir pauvre en emplois.
En 2017, une étude américaine a montré que, entre 1990 et 2007, chaque nouveau robot industriel implanté dans une entreprise a détruit de 3 à 5,6 emplois dans son environnement immédiat. Les auteurs, Daron Acemoglu, du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et Pascual Restrepo, de l’université de Boston, ont aussi conclu à une baisse des salaires dans la zone concernée. L’impact est plus prononcé pour les emplois moins qualifiés. Pour la période considérée, ­l’effet sur le taux d’emploi est resté faible. « Cependant, si les robots continuent à se répandre, l’effet global pourrait être beaucoup plus marqué. »
La journaliste du New Yorker Sheelah Kolhatkar a publié une belle enquête qui l’a conduite jusqu’en Chine. Elle a vu un robot capable d’enlever un à un les pétales d’une marguerite artificielle. Une chaîne internationale de supermarchés espère avoir supprimé les postes d’hommes et femmes de ménage d’ici cinq ans. Aux Pays-Bas, dans des hôpitaux publics, des robots parcourent les couloirs pour apporter le matériel nécessaire au personnel soignant. Mc­Donald’s introduit des « kiosques numé­riques » qui prennent les commandes. Les 2 millions de conducteurs de poids lourds américains se savent menacés par les véhicules autonomes. Les ouvriers du bâtiment aussi, car une machine peut construire un mur de briques deux fois plus vite qu’un maçon. Selon un rapport de la Deutsche Bank, Amazon pourrait économiser 22 millions de dollars par an et par entrepôt grâce à ses robots Kiva. Une entreprise propose désormais des entrepôts entièrement automatisés, sans lumière. Selon le patron d’une entreprise chinoise, l’avenir est à « l’usine sombre » (dark factory).
Mais l’évolution n’a pas que des aspects négatifs, tempère ­Sheelah Kolhatkar. Les ouvriers qui restent sont qualifiés, mieux payés et travaillent dans de meilleures conditions. La robotisation accompagne la baisse de la part des actifs due au vieillissement de la population. En faisant baisser les coûts, elle permet de rapatrier des activités délocalisées dans les pays émergents, où le coût du travail augmente. En 2016, pour la première fois depuis des décennies, le nombre d’Américains employés dans l’industrie a progressé.
Ce qui inquiète le plus, c’est le risque de l’installation durable d’une société à deux vitesses. Nous avions détaillé le point de vue optimiste de l’économiste David Autor. Mais, pour l’heure, l’argent généré par la nouvelle économie profite essen­tiellement à deux catégories qui souvent se rejoignent : « les détenteurs de capitaux et les propriétaires d’idées », confie-t-il à Kolhatkar. Or « le capital est moins équitablement réparti que le travail. Chacun de nous naît avec une capacité de travail, mais tout le monde ne naît pas avec un capital ». Le moyen d’inverser la tendance ? Investir dans un enseignement de qualité adapté à la nouvelle économie, estime Michael Araten, patron d’une entreprise qui a récemment ­rapatrié sa production de Chine. Il défend l’avenir d’un « capitalisme patriotique », dans lequel les entrepreneurs s’attacheront à servir les intérêts de la société.

LE LIVRE
LE LIVRE

The Four: The Hidden DNA of Amazon, Apple, Facebook and Google de Scott Galloway, Portfolio, 2017

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