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Les arbres et le CO2

On le sait, les forêts capturent le carbone. Pour atténuer le réchauffement, il faut donc planter. Mais la question divise.

La question de savoir si les forêts servent et pourront servir à absorber une partie de l’excédent de CO2 présent dans l’atmosphère continue de faire débat. Dans les décennies qui ont précédé l’inquiétude sur le réchauffement climatique, la thèse dominante était celle que l’écologue américain Eugene Odum a énoncée à la fin des années 1960 : un environnement non perturbé tend vers l’équilibre, absorbant autant de carbone par la photosynthèse qu’il en rejette par la respiration, la mort et la décomposition.

La thèse a été remise en cause à la fin des années 1990, quand -diverses séries de mesures ont montré que de nombreuses forêts, tant en zone tropicale humide que dans les pays tempérés, accumulaient plus de carbone qu’elles en rejetaient. Les mêmes mesures montraient que la croissance des arbres s’était accélérée, sans doute sous l’effet conjugué de la hausse de la concentration de CO2 dans l’atmosphère et de la montée des températures qui, dans les pays tempérés, allonge la période de croissance. Une étude internationale publiée en 2011 conclut que les forêts ont absorbé un quart des émissions de carbone dues à l’industrie entre 1990 et 2007. Si on mettait fin à la déforestation, qui représente 20 % des émissions globales de CO2, on réglerait la moitié du problème. L’affaire semblait entendue et, en 2015, la conférence de Paris sur le climat a fixé comme objectif de restaurer 350 millions d’hectares de forêt d’ici à 2030.

Plusieurs études menées localement avaient pourtant jeté un doute sur la validité du consensus. À certains endroits, l’aptitude de la forêt amazonienne à capturer le carbone semblait avoir diminué, peut-être en raison de vagues de sécheresse et d’une baisse de la longévité des arbres, due à leur croissance accélérée. Et, en 2014, une chercheuse américaine, -Nadine Unger, avait fait scandale en publiant dans The New York Times un article au lance-flammes sous le titre « Pour sauver la planète, ne plantons pas d’arbres » 1. À ses yeux, accroître les surfaces boisées dans le monde risque au contraire d’accélérer le changement climatique. Les chercheurs, affirme-elle, sous-estiment deux facteurs essentiels. Le premier est que « la couleur sombre des arbres absorbe plus d’énergie solaire et fait monter la température de surface de la planète ». En langage technique, on dit que les forêts réduisent l’albédo. Le second est que « les arbres émettent des gaz volatils », des composés organiques qui ajoutent à la pollution globale et surtout « produisent du méthane et de l’ozone, deux puissants gaz à effet de serre ».

Son article provoqua un tollé. S’ensuivit une bataille d’experts, dont la conclusion est qu’il faut poursuivre les études sur l’effet global de ces gaz volatils et de la réduction de l’albédo, qu’on maîtrise mal. Enjeu décisif : les vastes sommes dégagées par les États pour accroître le couvert forestier, qui peuvent entraîner un biais dans les conclusions des chercheurs. « J’ai entendu des scientifiques dire que, si on découvrait qu’avoir moins de forêts refroidit la planète, on ne le -publierait pas », dit l’écologue américain Christopher Williams 2.

Les images satellites montrent un net verdissement de l’hémisphère Nord aux latitudes tempérées et froides depuis trente ans. C’est dû à l’accroissement du CO2 atmosphérique. Entre 2000 et 2017, les zones couvertes de feuilles se sont agrandies d’une surface comparable à celle de la forêt amazonienne.

À en juger par les arguments présentés par Nadine Unger, cela ne suffit pas à démontrer que cette extension contribue à fixer beaucoup de CO2, mais une analyse élaborée, publiée dans la revue Nature par une équipe française, confirme que l’évolution va bien dans ce sens : l’effet « puits » de carbone de l’hémisphère Nord s’est activé dans les décennies 1990 et 2000, faisant mentir les résultats des modèles, moins optimistes 3.

Notes

1. « To save the planet, don’t plant trees », 19 septembre 2014.

2. Gabriel Popkin, « The forest question », Nature, 17 janvier 2019.

3. Philippe Ciais et al., Nature, 3 avril 2019.

LE LIVRE
LE LIVRE

Three Cheers for Trees! A Book about Our Carbon Footprint de Angie Lepetit, Capstone Press, 2013

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