Tout le monde le fait, pourquoi pas moi ?
par Paul Collier

Tout le monde le fait, pourquoi pas moi ?

La corruption a longtemps été considérée comme un mal nécessaire ou, du moins, inévitable. Jusqu’à la fin des années 1990, à la Banque mondiale, le mot lui-même était tabou. Les choses ont changé avec les enquêtes des journalistes et l’action des ONG. Mais comment remédier au fléau lui-même ?

Publié dans le magazine Books, septembre/octobre 2018. Par Paul Collier

© Nasief Manie/Foto24/Gallo Images/Getty

En Afrique du Sud, le président Jacob Zuma, éclaboussé par de multiples scandales, a été contraint à la démission en février dernier. Son successeur s’est engagé à faire le ménage.

Il y a encore une génération, la corruption n’intéressait pas grand- monde. Dans les pays riches, elle était considérée comme un phénomène du passé ; dans les pays pauvres, on faisait comme si elle n’existait pas. Les temps ont changé. Désormais, elle se dispute la une des journaux avec le terrorisme. Est-ce parce qu’elle a augmenté ? Parce que nous sommes devenus plus puritains ? Parce que nous sommes mieux informés ? Les scandales de corruption sont deve­nus des questions politiques majeures. L’affaire brésilienne – qui a abouti à la destitution de la présidente Dilma Rousseff et pourrait aboutir à celle de son successeur, Michel Temer – a fait le tour du monde. La Corée du Sud a connu le même processus. L’Afrique du Sud également, avec la démission du président Jacob Zuma. En Chine, la corruption généralisée de l’élite dirigeante met en péril la légitimité de l’État ; en réponse, le président Xi Jinping a entrepris la plus grande purge depuis la folie de l’ère Mao. Le Premier ministre indien Narendra Modi a pris des mesures pour lutter contre le phénomène. Même en Europe, la corruption est devenue un sujet central dans les pays du sud du continent. En France, Emmanuel Macron doit son élection au scandale de corruption dans lequel était impliqué le favori, François Fillon. La montée du Mouvement 5 étoiles en Italie est le signe d’une ­révolte contre la corruption des partis traditionnels. Cet intérêt de l’opinion publique a été favorisé par le progrès des connaissances et le travail de journalistes d’investigation…

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