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Ubu roi d’Ukraine

Dans son dernier roman, Andreï Kourkov propose une nouvelle plongée dans la folie du Kiev postsoviétique.

Né en Russie de parents et grands-parents communistes, Andreï Kourkov vit à Kiev depuis sa plus tendre enfance, mais n’a jamais été un grand adepte du système soviétique. Voilà sans doute pourquoi ses premiers livres, écrits alors qu’il officiait comme gardien de prison à Odessa pendant son service militaire, furent censurés ou refusés par les éditeurs russes. Ce n’est qu’en 1991, deux semaines après la proclamation de l’indépendance de l’Ukraine, que Kourkov réussit à publier, à compte d’auteur, son premier roman. Il le vend lui-même à la criée, dans les rues de Kiev.


Aujourd’hui, à 48 ans, « l’écrivain déjanté est l’unique auteur ukrainien réussissant à tirer son épingle du jeu dans un marché éditorial inondé à plus de 90 % par des ouvrages publiés en Russie », rapporte Nazar Kudrevskyy dans The Ukrainian Observer. Traduit dans le monde entier, considéré à l’étranger comme l’auteur ukrainien le plus important du moment, il a vendu plus de 150 000 exemplaires de son livre culte, Le Pingouin, disponible en françai

s aux éditions Liana Levi. Ses romans en forme de polars loufoques, peuplés de pingouins, de caméléons, de députés alcooliques, de prêtres corrompus ou de mafieux altruistes, décrivent avec ironie l’absurdité politique et la vacuité existentielle de l’Ukraine contemporaine.


« Kourkov, estime pour sa part le critique Lev Danilkin dans la revue moscovite Afisha, dans la lignée d’un Gogol, a inventé un courant littéraire que l’on pourrait appeler le “réalisme magique” d’Europe de l’Est. Il réussit parfaitement à décrire aux lecteurs la vie quotidienne dans l’Ukraine postsoviétique, à la fois banale et vaine, fantasmagorique et absurde, lunaire. Ses personnages sont des gens très ordinaires qui vivent avec le plus grand naturel les péripéties les plus invraisemblables. Son dernier ouvrage, “Le laitier de nuit” – dont l’édition de poche est en tête des ventes à Kiev – semble tout droit sorti des tabloïds. Kourkov y multiplie les meurtres, les cambriolages, les viols, les accidents, les trafics et autres manipulations ou faits de corruption qui s’enchaînent comme si tout cela était parfaitement normal. » Ainsi Andreï Kourkov brosse-t-il le portrait grotesque et attendrissant de l’Ukraine d’aujourd’hui, où l’absurde devient banal et le sordide comique, où l’impassibilité des anciens Homo sovieticus n’a d’égal que la distance humoristique inimitable avec laquelle ils savent prendre la vie.


Pourtant, ajoute Lev Danilkin, « malgré sa portée satirique, son œuvre n’a pas la dimension acerbe de la critique sociale de l’Irlandais Jonathan Swift ou du Russe Viktor Pelevine ». Kourkov observe ses congénères plus qu’il ne les juge. Entre absurdité et bouffonnerie, cet ethnologue de l’Ukraine postsoviétique porte toujours sur elle un regard attendri, jamais cruel. Son œuvre est une grande farce gogolienne, une version postsoviétique d’Ubu roi.


Ecouter : l'interview qu'Andreï Kourkov a accordée à Books.

LE LIVRE
LE LIVRE

Le laitier de nuit

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