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Une seconde chance

Revenir sur des choix passés, pour un couple comme pour un pays, est une idée tentante et un argument romanesque fascinant. Ferait-on les mêmes erreurs ?


© DR

Zygmunt Miłoszewski délaisse le genre policier qui a fait son succès pour réécrire les cinquante dernières années de la Pologne.

Laisser tomber les polars qui lui ont apporté la gloire, avec son héros, le procureur Teodor Szacki ? Le pari était risqué pour Zygmunt Miłoszewski. À en croire leurs blogs, les fans étaient affolés. Le quotidien Gazeta Wyborcza, lui, parlait de décision « surprenante » : « Oser, quand on est au sommet de la popularité, faire une croix sur une poule aux œufs d’or qui rapporte beaucoup et apporte aussi beaucoup à la société ! » Mais l’écrivain voulait visiblement s’éloigner du polar, genre sombre qui ne fait que souligner ce qui ne va pas dans une société : violences conjugales, antisémitisme… Des sujets abordés dans Les Impliqués, Un fond de vérité et La Rage, trilogie traduite dans une vingtaine de langues dont le français. Dans Jak zawsze, Miłoszewski tente de donner une seconde chance au monde qui l’entoure. Le roman se présente d’abord comme une histoire d’amour. Grażyna et Ludwik ont r
espectivement 78 et 83 ans. En 2013, comme chaque année, ils fêtent l’anniversaire de leur premier rapport sexuel en rejouant vaillamment le coït originel. Le lendemain, ils se retrouvent en 1963, dans leurs jeunes corps d’alors, pleinement conscients de ce qui leur arrive. Face à ce nouveau départ, feront-ils les mêmes choix que la première fois sachant comment cela se terminera ? Ou oseront-ils d’autres aventures ? En parallèle, la Pologne se voit offrir rétrospectivement la possibilité d’échapper aux dégâts du communisme. Là, le roman prend sa dimension d’histoire alternative, ou uchronie, un genre qui fascine actuellement en Europe. En 1963, cette Pologne réinventée se trouve du bon côté du ­rideau de fer, proche de la France, pour qui elle envoie même des troupes en Algérie. « Je tenais à situer l’action avant 1968, ­explique Miłoszewski dans l’édition ­polonaise de Newsweek. En Occident, la révolution des mœurs n’a pas encore eu lieu. En Pologne, nous sommes avant les années qui verront l’effondrement moral du système. Varsovie était flambant neuve. » Les critiques saluent en Miłoszewski un observateur hors pair, capable de dresser un parallèle efficace entre la Pologne de 1963 et celle d’aujourd’hui. Mais ses héros, comme leur pays, peinent à faire face au défi. Et Miłoszewski renoue avec sa ­vision sombre du monde… sans retrouver la finesse dont il faisait preuve dans ses polars, déplorent aussi les critiques, quasi unanimes. D’après le quotidien ­Polityka, c’est avec la « finesse et la subtilité d’un marteau-­piqueur qu’il s’attaque à la bêtise, à la xénophobie, aux rêves impérialistes et à la propagande ». Reste que les lecteurs en redemandent : Jak zawsze a suivi le même chemin que les précédents livres de l’auteur, devenant un best-seller dès sa parution.
LE LIVRE
LE LIVRE

Jak zawsze de Zygmunt Miloszewski, W.A.B., 2017

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