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Suède : voter et mourir de faim

Il y a cent cinquante ans, la Suède connut une famine sévère due au climat mais aussi à de mauvais choix politiques.


© Bonnier

Dans Svälten, l’historien Magnus Västerbro démontre la frugalité et la fragilité de la Suède des années 1867-1869.

Récompensé l’année dernière à Stockholm par le prestigieux prix August dans la catégorie essais, Svälten: hungeråren som formade Sverige (« Famine : les années de disette qui ont façonné la Suède ») revisite la grande famine qui décima la Suède durant les ­années 1867-1869, « une des plus grandes catastrophes natu­relles » qui aient jamais frappé le pays. Elle ­débuta dans ses contrées septentrionales, avec un hiver extrêmement rigoureux. Le dégel ne commença qu’à la Saint-Jean. Dès le mois suivant, le mercure repassait sous zéro. Il fallut attendre l’été 1868 pour retrouver des températures plus clémentes. C’est alors que la séche­resse toucha le sud du pays, ruinant les récoltes. L’auteur, l’historien Magnus Västerbro, « montre à quel point, il y a tout juste cent cinquante ans, la Suède était frugale et fragile », constate le quotidien Expressen. Le bilan humain s’éleva à environ 27 000 morts. On dénombra quelque 60 000
 naissances de moins que d’habi­tude. Pour survivre, les Suédois émigrèrent en nombre croissant – jusqu’à 39 000 en 1869 – au Danemark, en Allemagne et surtout aux États-Unis. Cet épisode inspirera à Vilhelm Moberg sa célèbre tétra­logie La Saga des émigrants (traduite chez Gaïa). Dans cet ouvrage « solide, engagé et pédagogique » selon Expressen, Magnus Västerbro démontre que la famine ne découlait pas seulement de facteurs extérieurs, comme le climat, mais aussi de « décisions politiques », ajoute le quotidien Aftonbladet: « En d’autres termes, des gens en étaient responsables. » Les gouvernants de l’époque en prennent pour leur grade. Car, lorsque la famine s’abattit sur les comtés du Nord, les greniers du royaume n’étaient pas vides, loin de là. Le pays exportait des céréales à tour de bras, notamment vers le Royaume-Uni. Et continua à le faire. À divers niveaux de l’administration, on estimait en effet qu’aider les pauvres hères suédois leur donnerait de mauvaises habitudes. Plus tard, quand l’aide finit par être expédiée, les gens dans le besoin, au bout du rouleau, durent la « mériter » en effectuant des travaux d’utilité publique… Pendant ce temps, à Stockholm, la cour organisait « des noces fantastiques pour la princesse Lovisa », ironise Expressen. Le quotidien régional Göteborgs-­Posten explique l’intérêt du livre et son succès par « l’énorme fossé entre la misère rurale de l’époque et les excès de la société de consommation actuelle, que de plus en plus de gens disent vouloir réduire ». Aftonbladet dresse aussi un paral­lèle avec le monde contemporain et s’interroge : « Selon Västerbro, seules les dictatures et les sociétés non démocratiques sont touchées par la famine. C’est exact, mais comment se fait-il alors que des personnes pourtant dotées du droit de vote se retrouvent à manquer de nourriture ? »
LE LIVRE
LE LIVRE

Svälten: hungeråren som formade Sverige de Magnus Västerbro, Bonnier, 2018

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