Un fantasme vieux comme l’Occident
par Michael Walzer

Un fantasme vieux comme l’Occident

Pourquoi l’antijudaïsme a-t-il imprégné à ce point la culture occidentale ? Du Nouveau Testament à Goebbels en passant par Shakespeare, Luther et même Karl Marx, pourtant d’origine juive, les mêmes clichés sont reproduits. Imaginaire, la figure du Juif permet notamment de diaboliser l’adversaire, qu’on accuse de s’être « judaïsé ». Un mythe qui plonge ses racines jusque dans l’Égypte ancienne et dont le cadavre bouge encore.

Publié dans le magazine Books, octobre 2015. Par Michael Walzer
En 1844 paraissait l’article de Karl Marx intitulé « Sur la question juive ». Ce texte ne traitait ni du judaïsme ni de l’histoire de ce peuple, ni même de la sociologie des Juifs allemands. Prenant prétexte du débat alors en cours sur l’émancipation des Juifs (1), il avait pour véritable objet d’appeler au renversement de l’ordre capitaliste. Le langage dans lequel cet appel était formulé ne surprendra sans doute pas le lecteur d’aujourd’hui, et il était assurément familier à celui du XIXe siècle. Il n’en est pas moins étrange. Le capitalisme est identifié au judaïsme, ce qui amène Marx à écrire que l’abolition du premier consistera à « émanciper l’humanité du judaïsme ». L’argument mérite d’être cité, ne serait-ce que brièvement : « Le Juif s’est émancipé d’une manière juive, non seulement en se rendant maître du marché financier, mais parce que, à travers lui et sans lui, l’argent est devenu une puissance mondiale, et l’esprit pratique juif, l’esprit pratique des peuples chrétiens. Les Juifs se sont émancipés dans la mesure même où les chrétiens sont devenus juifs. » « À travers lui et sans lui » – en fait, principalement sans lui : comme Marx le savait sans doute, les Juifs ne représentaient qu’une minuscule partie de l’élite fortunée d’Angleterre, le pays capitaliste le plus avancé, et une fraction plus infime encore de la bourgeoisie allemande « montante ». Son propre père s’était converti au protestantisme pour faciliter son intégration dans la bonne société, où les Juifs n’étaient pas les bienvenus au début du XIXe siècle. Pour David Nirenberg, qui l’explique…

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