L’esprit critique ne prend pas de vacances ! Abonnez-vous à Books !

L’affaire Florence Cassez, mauvais polar mexicain

Sauvegarder cet article

Jorge Volpi explore les tréfonds de la rocambolesque affaire Florence Cassez, qui empoisonna les relations entre Paris et Mexico au milieu des années 2000.


Florence Cassez et Israel Vallarta, le 9 décembre 2005, lors du simulacre d'arrestation orchestré par la police mexicaine et diffusé en direct à la télévision.
Lorsque la réalité dépasse la fiction, peut-on considérer que la documenter revient à produire une œuvre romanesque ? Assurément, ­répond l’écrivain mexicain Jorge Volpi, l’un des grands noms de la littérature latino-américaine actuelle. Son dernier livre, qu’il qualifie de « roman sans fiction », retrace les méandres d’une affaire qui a divisé les familles dans le Mexique des années 2000. Ceux qui croyaient en la culpabilité de Florence Cassez, accusée d’enlèvement et d’association de malfaiteurs, s’opposaient à ceux qui voyaient en cette trentenaire française la victime d’une machi­nation. Un roman mexicain se mue progressivement en « un thriller haletant, tissé à partir d’un travail de documentation précis et consciencieux », note le quotidien espagnol El País. Plusieurs critiques mentionnent Truman Capote : pour eux, la ­démarche de Volpi s’apparente à celle de l’écrivain américain dans son c
élèbre De sang-froid. Au matin du 9 décembre 2005, les Mexicains ont pu suivre en ­direct à la télévision une opération policière spectaculaire. Armés de fusils d’assaut, des agents de la police fédérale mexicaine (AFI) font irruption dans un ranch au sud de Mexico et libèrent trois personnes qui y étaient retenues en otage. Les ravis­seurs présumés, le Mexicain Israel Vallarta et son ex-fiancée, Florence Cassez, sont immédiatement placés en détention. Or il s’agissait d’une mise en scène orchestrée par la police fédérale à destination des médias, explique Volpi. Les suspects avaient en réa­lité été arrêtés la veille, sur une autoroute proche de ­Mexico, a dû avouer ultérieurement le ­patron de l’AFI. Il ne s’agit pas de la seule irrégularité qu’exhume le romancier, dont l’ambition est de détricoter les fictions tissées par les autorités – fabrication de preuves, faux témoignages – pour restituer la véracité des faits. En février 2008, à la suite d’un procès houleux, Florence Cassez est condamnée à quatre-vingt-seize ans de prison. Une décision qui suscite l’indignation de l’opinion publique française, entraînant l’intervention du ­président de l’époque, Nicolas Sarkozy, et des tensions diplomatiques sans précédent entre les deux pays. Finalement, Florence Cassez sera libérée en 2013 sur ­décision de la Cour suprême mexicaine. Israel Vallarta, lui, reste en ­prison dans l’attente de son procès. « À une époque où les exécutions, les disparitions, les enlèvements, les tortures et les fausses accusations quotidiennes semblent nous avoir immunisés contre l’étonnement, Volpi trouve le moyen de nous rendre notre ­capacité d’indignation, de nous faire ­apprécier, par le biais de la littérature, une réalité qui nous transperce l’estomac et le cœur », note le juriste ­Arturo Zaldívar dans le quotidien mexicain Milenio.
LE LIVRE
LE LIVRE

Un roman mexicain. L’affaire Florence Cassez de Jorge Volpi, Seuil, 2019

SUR LE MÊME THÈME

En librairie Le revenu universel contre la marchandisation de la société
En librairie Le modèle végétal
En librairie « Ils nous bombardent pour nous libérer »

Aussi dans
ce numéro de Books

Booksletter,
c'est gratuit !

Retrouvez gratuitement la Booksletter
chaque samedi matin dans votre boîte email.