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Arturo Pérez-Reverte refait l’histoire

Le romancier espagnol fait une lecture très personnelle du passé de son pays. Avec ses hauts et ses bas.


© Isabel Permuy /ARCHDC

Arturo Pérez-Reverte s’attache à identifier des motifs récurrents de l’histoire espagnole dans une prose parfois argotique et empreinte d’humour.

Auteur d’une vingtaine de romans historiques, Arturo Pérez-Reverte a coutume de commenter avec mordant les travers de la société espagnole contemporaine. Son dernier ouvrage, Una historia de España, rassemble 92 chroniques publiées entre 2013 et 2017 dans le magazine dominical XL Semanal. L’écrivain et académicien y examine sans concession le passé de son pays, des Celtes et des Ibères qui peuplaient la péninsule Ibérique cinq cents ans avant notre ère à la transition démocratique qui a suivi les quarante années de dictature franquiste, à la fin des années 1970. Arturo Pérez-Reverte n’est pas un historien, et il l’assume. Ce n’est pas l’Histoire qu’il se propose de raconter, mais une histoire – la sienne –, subjective et peu orthodoxe. Dans une prose parfois argotique et empreinte d’humour, il s’attache à identifier des motifs récurrents. Son ouvrage permet de réaliser que « rien ne change dans ce pays : une classe politique corrompue, des rel
igieux dogmatiques qui condamnent les contestataires au bûcher, un gouvernement incompétent qui recourt à la guerre civile pour continuer à prospérer, une tendance à exterminer l’opposant plutôt qu’à le convaincre », souligne l’historien José Enrique Ruiz-Domènec dans le quotidien La Vanguardia. Salué par la critique, ce recueil suscite d’autant plus d’intérêt qu’il a été publié quelques ­semaines avant les élections générales du 26 avril, « à un moment où certains historiens mais aussi certains dirigeants politiques et personnalités ­publiques se sont mis à faire un usage intéressé de l’histoire », note la journaliste Karina Sáinz Borgo dans le journal en ligne Vozpópuli. Car aucun consensus n’est possible en Espagne sur le sujet. Il y a quatre façons d’aborder le passé national, estimait le ­romancier lors d’une conférence de presse : il y a la vision d’une grande partie de la droite, qui exalte « une série d’épisodes épiques dont il faut être fier » mais « manque de lucidité sur les ­côtés plus sombres » ; celle d’une bonne partie de la gauche, « qui s’obstine à souligner les aspects néga­tifs » ; celle des nationalistes basques et ­catalans, qui considèrent l’Espagne « comme une aberration historique » constituée de « lieux indépendants les uns des autres » ; et enfin la sienne, qu’il juge « la plus ­équilibrée ». Qu’il s’agisse de la découverte et de la colonisation de l’Amérique ou de la proclamation de la très instable Ire République, en 1873, Pérez-Reverte s’efforce de montrer l’ambivalence de tout événement historique. Du passé national il n’occulte ni les errements, ni les heures de gloire. Une démarche dénuée de mani­chéisme que certains estiment salutaire, à l’instar de José ­Enrique Ruiz-Domènec, qui tient Una historia de España pour « le cadeau d’un grand romancier à la société espagnole ».
LE LIVRE
LE LIVRE

Una historia de España de Arturo Pérez-Reverte, Alfaguara, 2019

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