Un besoin vital qui tourne à l’obsession
par Jerome Groopman

Un besoin vital qui tourne à l’obsession

Le sommeil n’a pas encore dévoilé tous ses mystères. On sait désormais qu’il est crucial pour la santé et que son manque accroît le risque d’accidents et de maladies. On incrimine le rythme des sociétés modernes. Mais nos ancêtres dormaient-ils vraiment mieux ?

Publié dans le magazine Books, novembre 2018. Par Jerome Groopman

© Liz Hingley / Agence VU

Nous jugeons impératif de dormir d’une seule traite jusqu’au matin, ce qui ne correspond pas au rythme naturel de beaucoup d’entre nous.

Quand je faisais mes études de médecine, il y a de cela quarante ans, nous négli­gions tous le sommeil. Pour les internes, les gardes commençaient à 6 heures du matin et duraient vingt-quatre heures. Je restais souvent travailler jusqu’en ­début de soirée le lendemain, après quoi je rentrais en titu­bant chez moi et m’endor­mais tout habillé. Il n’était pas question de se plaindre. Il fallait s’endurcir pour répondre aux exigences d’une profession qui n’a pas d’horaires – il fallait devenir « en acier », disions-nous. Mais ce n’était pas la seule façon de peu considérer le sommeil. À l’université, le sujet était à peine survolé. Dans un cours sur le cerveau, un enseignant mentionnait un circuit nerveux, le système d’activation réticulaire, qui était associé à l’état d’éveil. En passant, il nous parlait aussi de la narcolepsie, une pathologie rare qui peut faire sombrer dans le sommeil à tout moment, et qui s’accompagne d’autres signes fascinants, comme des hallucinations et une perte soudaine du contrôle musculaire. C’était tout. Le sommeil ­ordinaire n’était apparemment pas un sujet pour la médecine. De nos jours, les internes ont toujours des horaires aussi rudes, mais l’opinion du monde médical sur le sommeil a changé. C’est devenu un champ de recherches en biologie. La médecine du sommeil est une spécialité, avec des programmes de formation à la recherche et des cliniques spécialisées dans les troubles du sommeil. Selon la National Sleep Foundation, 47 millions d’Américains adultes souffrent d’insomnie (1). Sur les lieux de travail, le manque de sommeil provoque…

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