Ces démocraties illibérales
par Olivier Postel-Vinay

Ces démocraties illibérales

Le drapeau de la démocratie est en berne pour la douzième année consécutive. Le mouvement est-il réversible ?

olivier postel-vinay Publié dans le magazine Books, septembre/octobre 2018. Par Olivier Postel-Vinay
Pour la douzième année consécutive, les pays ayant vu leur niveau de démocratie régresser sont plus nombreux que ceux qui ont connu une évolution positive. Ce constat de l’ONG américaine Freedom House est aussi celui d’autres observateurs, comme la fondation Bertelsmann, pour qui « la qualité de la démocratie a ­atteint son plus bas niveau depuis douze ans ». Les exemples sont dans toutes les têtes : la Turquie, la Hongrie, la Pologne, la Russie, le Venezuela, le Nicaragua, ­l’Inde, les Philippines… et les États-Unis. Et il y en a bien d’autres, notamment en Afrique. Dans nos vieilles démocraties, comme en France, nous sommes habitués à considérer la démocratie comme un horizon indépassable, son progrès comme une nécessité. À l’échelle historique, c’est pourtant une idée neuve. Si l’on pense à Athènes ou encore aux villes italiennes de la Renaissance, la démocratie a toujours fait figure d’exception. Au milieu du XIXe siècle, il n’y avait guère que deux démocraties dans le monde, le Royaume-Uni et les États-Unis. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il y en avait une douzaine. Ce sont justement les tragédies provoquées par les dictatures nazies et communistes qui ont engendré l’idée d’un progrès nécessaire et inévitable. La démocratie devait se répandre au rythme de la croissance économique et de l’élévation du revenu par tête. Il faut aujourd’hui déchanter : c’était une illusion. Books s’est penché à plusieurs ­reprises sur cette question (voir par exemple Timothy Garton Ash, « Les dix ans qui ont fait basculer l’Europe »). Le mérite du livre de Yascha Mounk est de mettre en…
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