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Charlemagne après le Brexit

La question de savoir si l’empereur d’Aix-la-Chapelle peut être considéré comme le père de l’Europe refait surface.

 

Fondé en 1949, le prix Charlemagne est accordé chaque année à « une personnalité remarquable qui s’est engagée pour l’unification européenne ». Après avoir été décerné au pape François en 2016, le prix 2017 a été accordé à l’historien et essayiste britannique Timothy Garton Ash, contempteur du Brexit et pourfendeur des populistes de tout poil. La traduction en anglais de la dernière des nombreuses biographies de Charlemagne, celle de l’Allemand Johannes Fried incite l’historien américain Michael Kulikowski à mettre en doute le choix de Charlemagne comme figure de proue de l’idée européenne : « Charlemagne a été le génocidaire [en français dans le texte] de la Saxe païenne. Il é
tait certes un unificateur de l’Europe, mais à la manière d’Hitler ou de Napoléon, pas de Vaclav Havel ou du pape François », écrit-il dans le Wall Street Journal. L’empire de Charlemagne incorporait malgré tout « la plus grande partie du territoire relevant des six États qui ont formé la Communauté européenne », rappelle pour sa part le médiéviste britannique Thomas Shippey dans la Literary Review. Son palais était à Aix-la-Chapelle, « à mi-distance entre Bruxelles et Strasbourg, les sièges alternés de l’actuel Parlement européen ». On lui doit aussi d’avoir sauvé l’essentiel de ce qui survit de la littérature de l’Antiquité gréco-romaine. Son héritage légis­latif n’est pas négligeable. Ce n’est pas un hasard si Napoléon se voyait en nouveau Charlemagne. Shippey cite le célèbre texte ­rédigé au retour de l’île d’Elbe, inclus dans l’acte additionnel aux Constitutions de l’Empire : « Nous avions alors pour but d’organiser un grand système fédératif européen que nous avions adopté comme conforme à l’esprit du siècle et favorable aux progrès de la civilisation. » Mais, contrairement à ce que pensent beaucoup d’historiens, Charlemagne n’avait pas « l’idée de l’Europe », estime ­Johannes Fried (lire « Charlemagne, le faux père de l’Europe », Books, juillet 2012). On pourrait dire qu’il ­faisait de l’Europe comme M. Jourdain de la prose : sans le savoir, mais très concrètement.
LE LIVRE
LE LIVRE

Charlemagne de Johannes Fried, Harvard University Press, 2016

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