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Criminalité ancestrale

Naples offre un terrain propice à la mafia depuis le Moyen Âge. La thèse originale d’un historien italien.

De quand peut bien ­dater la Camorra, la plus ­ancienne des organisations criminelles italiennes, essentiellement implantée à Naples et aux alentours ? La plupart des historiens de la Pénin­sule font ­remonter la naissance et l’affirmation des phénomènes ­mafieux au xixe siècle. Avec Naples 1343, le médiéviste Amedeo Feniello porte un ­regard original sur un phénomène encore oppressant, en particulier dans une Campanie déchirée à intervalles réguliers par la guerre des clans. Dans une analyse qui s’inscrit dans la longue durée chère à Fernand Braudel, l’historien soutient que l’accoutumance à un pouvoir violent daterait du XIVe siècle. « Avoir affirmé qu’une partie de Naples est encore médiévale m’a valu beaucoup d’insultes sur Facebook, mais je m’y atten­dais », confie-t-il. En 2005, trois jeunes sont abattus par la Camorra devant l’école où ense
igne Amedeo Feniello, dans la province de Naples. Il est frappé par l’indifférence de la population, l’impuissance des autorités et le silence des témoins. Peu après, ses recherches de médiéviste le conduisent à envisager un lien entre cet épisode et un autre, survenu en 1343 : le sac de ­navires génois dans les eaux napolitaines par des bandits ­locaux. En enquêtant sur ce fait divers, l’historien explore la réalité sociale de l’une des grandes capitales de l’Occident médiéval, sous la dynastie des Anjou. Face à un État central affaibli, les clans nobiliaires gouvernent grâce au contrôle militaire des espaces urbains et usent de la violence pour régler les conflits, dans un inextricable mélange d’intérêts publics et privés. « Le comportement des nobles, souligne Amedeo Feniello, traduit l’idée qu’il existe un pouvoir sans État, un pouvoir qui intervient pour résoudre des problèmes qui ne devraient pas relever de sa responsabilité, et ce sans susciter désapprobation ni ­opposition dans le corps ­social qui l’environne – bien au contraire. » « Faut-il voir là les origines du système criminel qui afflige la Campanie ? » s’interroge ­Marina Montesano dans le quotidien de gauche Il Manifesto. L’ouvrage ne le démontre pas ; il fournit toutefois des ­indices utiles pour comprendre comment un système criminel peut se développer ». L’auteur refuse cependant d’en faire un problème anthropologique : « Ça n’a pas de sens, ­explique-t-il dans une interview donnée au quotidien napolitain Corriere del Mezzogiorno, il faut laisser cet argument aux adeptes de Cesare Lombroso [célèbre pour sa théorie du criminel-né] ou aux membres de la Ligue. Mais il est juste de parler de la Camorra comme d’un élément structurel de la ville. »
LE LIVRE
LE LIVRE

Naples 1343. Aux origines médiévales d’un système criminel de Amedeo Feniello, Seuil, 2019

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