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Démystifier le fascisme

Beaucoup d’Italiens continuent de prêter à Mussolini des réalisations positives. Un historien rétablit les faits.

C’est un petit ouvrage de 130 pages qui, ­depuis sa parution, en mars, ne quitte pas le sommet des classements transalpins.

Un phénomène éditorial au titre trompeur : Mussolini ha fatto anche cose buone (« Mussolini a aussi fait de bonnes choses ») n’est pas un panégyrique du Duce, au contraire ! Comme l’indique son sous-titre – « Les inepties qui continuent à circuler sur le fascisme » –, cet essai de l’historien Fran­cesco Filippi se veut un manuel d’auto­défense ­citoyenne à destination du grand public. Il déconstruit une par une, sur le principe du fact checking, les contrevérités sur les supposés bienfaits du ventennio fasciste (1922-1943).

Grâce à Mussolini, les Italiens auraient enfin eu droit à une pension de retraite ? Faux : le système de retraites date de 1895 et le droit à pension a été étendu à tous les travailleurs dès 1919. L’assainissement des marais Pontins ? Un grand coup de pub : Mussolini n’a accompli qu’un peu plus de 6 % des travaux d’assèchement, commencés avant lui et achevés après la guerre grâce au plan Marshall et à la Cassa del Mezzogiorno.

« Filippi est presque toujours chirurgical dans sa façon de ­recontextualiser les faits, souligne le journaliste Marco Bracconi dans le quotidien La ­Repubblica. Les chapitres les plus incisifs sont consacrés aux femmes, à la corruption des classes dirigeantes, à la lutte antimafia et à l’idée odieuse que le régime ne serait devenu raciste qu’après 1938. »

Mais pourquoi ces légendes sont-elles si vivaces ? Historien des mentalités et par ailleurs président d’une association qui organise des voyages mémoriels et des parcours de formation dans les écoles, Filippi avance une explication : « Contrairement aux Allemands, les Italiens n’ont jamais fait leur examen de conscience ni réglé leurs comptes avec le passé. »

Le spécialiste du fascisme Amedeo Osti Guerrazzi va plus loin dans le quotidien La Stampa : « Dès 1945, les ex-fascistes de Salò ont publié un tas de livres et pamphlets, lançant une véritable campagne médiatique pour ­gagner la guerre des mémoires. Avec la complicité involontaire de certains historiens professionnels dépourvus de distance critique, ils ont créé cette vulgate qui a trouvé un grand écho chez un peuple encore habité par la culpabilité d’avoir soutenu le régime. Résultat ? Aujour­d’hui, un historien comme ­Filippi doit se coltiner la tâche ingrate de décons­truire ce qu’on appelait naguère des “bobards” et qu’on désigne à présent sous le nom de fake news. »

Venu présenter son ouvrage près de Varèse, l’auteur a été pris à partie par un groupe néofasciste en ces termes : « On ne touche pas à Mussolini ! » Preuve de l’importance de cette ­« leçon sur un passé qui ne passe pas », ­selon les mots du journaliste et intellectuel Corrado Stajano dans le quotidien Corriere della Sera.

LE LIVRE
LE LIVRE

Mussolini ha fatto anche cose buone. Le idiozie che continuano a circolare sul fascismo de Francesco Filippi, Bollati Boringhieri, 2019

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