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Le dirigeant qui tint tête à Moscou

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Cent ans après la naissance de la Première République tchécoslovaque, les Tchèques célèbrent un héros national.


© CTK / Alamy Stock Photo

Prague, 1er mai 1968. František Kriegel (deuxième en partant de la droite) défile en compagnie d’autres dirigeants tchécoslovaques.

Cet automne, la République tchèque et la Slovaquie commémorent le centenaire de la création de la Première République tchécoslovaque, née sur les cendres de l’Autriche-Hongrie à la fin de la Grande Guerre. Films, livres, expositions.... Les deux pays, séparés depuis le 31 décembre 1992, en profitent pour célébrer leur histoire et ses héros. Côté tchèque, c’est un ancien diri­geant communiste, František Kriegel (1908-1979), qui est à l’honneur. Déjà en cours d’adaptation cinématographique, « L’homme qui se mit en travers du chemin », de l’écrivain et réa­lisateur Ivan Fíla, relate la vie de cette légende nationale. Car Kriegel fut le seul membre de la délégation tchécoslovaque à refuser de signer le protocole de Moscou en 1968, qui entérinait l’invasion par les troupes du pacte de Varsovie après le Printemps de Prague. « Ce livre est un drame sur l’héroïsme, d’une part, et
la trahison, d’autre part », résume le mensuel culturel Literární Noviny. ­František Kriegel y apparaît comme un homme parti de rien, né dans une famille pauvre de juifs pragois, qui devient médecin, s’engage dans les Brigades internationales en Espagne et n’hésite pas à défier Moscou au nom de ses idéaux. Face à lui, une clique de politiciens tchéco­slovaques aussi diaboliques qu’alcooliques. Cette approche ne serait-elle pas quelque peu manichéenne ? Sur le site de ­Radio Praha, l’historien Petr Blažek met en garde contre une lecture binaire de l’histoire : « C’est aussi Kriegel qui a préparé avec les Milices du peuple le coup de Prague [la prise du pouvoir par les communistes en février 1948], et son rôle en tant que sous-secrétaire du ministre de la Santé au moment de grandes purges [dans les années 1950] ne fut pas reluisant non plus. Il n’est devenu une légende au bon sens du terme qu’en août 1968. » « J’ai écrit ce livre afin que le ­lecteur comprenne qui était Kriegel et qu’il ne voie pas la réalité en noir et blanc », assure pourtant Ivan Fíla, qui a consacré à son sujet plusieurs années de recherches. Résultat, son travail apporte un précieux éclairage historique, estime Literární ­Noviny : « L’auteur s’appuie sur des documents inestimables trouvés dans les archives russes et qui n’avaient jusqu’à présent jamais été rendus publics. » Le journal salue la description détail­lée des coulisses de la nuit du 20 au 21 août 1968, où se déroulèrent les négociations qui scellèrent le destin de la Tchécoslovaquie. L’ouvrage ne se contente pas de dresser le portrait de Kriegel, souligne aussi le site de la radio publique Vltava : « C’est une grande fresque qui dépeint tous les enjeux politiques de l’époque. »
LE LIVRE
LE LIVRE

Muž, který stál v ceste de Ivan Fíla, Ikar , 2018

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