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Enfants (dé)placés

Après la Seconde Guerre mondiale, des dizaines de milliers d’enfants pauvres ont été transférés du sud au nord de l’Italie.

Naples, 1946. Amerigo a 7 ans et la langue bien pendue. Quoique ses pieds souffrent dans des souliers trop petits, il préfère les vagabondages aux bancs de l’école. Dans une ville dévastée par les bombardements, le garçon ramasse des chiffons pour en tirer quelques lires, histoire d’aider sa mère à survivre dans la misère des Quartiers espagnols. Un jour, comme des centaines d’autres petits Napolitains, il se retrouve sans savoir pourquoi à bord d’un train qui va traverser presque toute l’Italie pour l’emmener dans une mystérieuse région, le « Septentrion », où le il passera quelques mois. Au mépris des rumeurs sur « les Rouges qui mangent les enfants », sa mère, Antonietta, a ­décidé d’offrir à son fils unique la possibilité d’une vie meilleure : école, santé, et une assiette toujours bien remplie dans une ­famille d’Émilie-­Romagne, une région que la guerre a certes meurtrie mais où l’on ne meurt pas de faim.

 

Ce roman, dont les droits ont déjà été achetés dans une vingtaine de pays, révèle aux Euro­péens un épisode oublié de l’après-guerre. À travers l’histoire fictive du petit Amerigo Speranza (dont le nom signifie « espoir »), Viola Ardone raconte comment, entre 1946 et 1952, le Parti communiste italien et l’Union des femmes italiennes ont organisé un placement massif d’enfants du Mezzogiorno dans des familles d’accueil. Quoique temporaire, le placement impliquait une séparation douloureuse entre parents et enfants, à une époque où l’on ne communiquait guère que par courrier, et encore.

 

Mené hors de tout cadre légal et institutionnel, le transfert a concerné quelque 70000 enfants, apprend-on dans Il Fatto quotidiano. À la même époque, rappelle l’écrivain et journaliste ­Michele Serra dans La ­Repubblica, « les Américains avaient mis sur pied une gigantesque et admirable opération d’adoption à distance afin d’aider de jeunes Italiens pauvres à étudier. Mû par une sorte de “concurrence idéologique”, le PCI a utilisé ses propres ressources : une armée de militants, leurs maisons, leurs familles et leur foi, alors intacte et palpitante, dans le secours populaire mutuel. »

 

Peut-être le succès d’Il treno dei bambini (« Le train des enfants ») tient-il à la nostalgie qu’il fait naître. Car le roman historique rappelle au lecteur «des paroles et des gestes révolus, aujourd’hui étouffés par le consumérisme, la peur, le cynisme », relève ­Ritanna ­Armeni dans L’Osservatore romano. Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Il Venerdì, la romancière elle-même souligne le contraste entre passé et présent : « Des gens simples, paysans et arti­sans, ont pris ces enfants en charge. Aujourd’hui, combien de bien-pensants accueil­leraient pendant six mois un jeune garçon (migrant) ­recueilli en mer par un bateau humanitaire ? »

LE LIVRE
LE LIVRE

Il treno dei bambini de Viola Ardone, Einaudi, 2019

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